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Ces photographies n’existent pas, dans la mesure où elles rendent compte d’une réalité qui n’existe plus. Les graffiti se sont effacés à force d’être regardés, les uns délavés par l’action conjuguée des pluies, du froid et du soleil, les autres bousculés, chassés comme des malpropres et recouverts par d’autres graffiti. Ravalés et restaurés à l’occasion de l’Année sainte, les monuments de Rome ont blanchi avec l’os de seiche. Il faudra attendre plusieurs années avant que la crasse et la pollution ne leur redonnent une patine et qu’apparaisse à nouveau leur visage sous le linceul immaculé et aveuglant de l’abstraction.
Coulures, salissures. Veines battant du creux du bras à la tempe.
Toutes ces photographies rendent compte d’une réalité fugitive, fugace, éphémère quand le temps se confond à la projection d’une ombre sur un petit pan de mur jaune ou gris.
Ces photographies existent et en même temps - co/substantiellement - elles n’existent pas parce que leur réalité est une abstraction, le résultat et la manifestation d’un regard, sa construction. Là, la conjonction des lignes, l’ordonnancement des tangentes évoquent la démonstration d’un théorème mis en espace ou mis en lumière par les jeux d’ombres et de couleurs. Là, il s’agit d’une ironie, ni vraiment comique ni résolument tragique. Là d’un état de conscience le B-A-BA béat. Ici, la photographie inspecte, Ici elle interroge, ici elle indique, ici elle signale. Ici, encore, elle annonce et elle énonce une situation, la rencontre d’un être - le photographe, le spectateur - à l’être là, décor sans décorum, contemplation sans spectacle. La photographie se déjoue du spectaculaire et l’Image du faire-image.
La réalité qui est la matière de l’image photographique est celle du regard qui en fait l’image. La photographie pourrait alors se définir comme le face à face de deux miroirs qui ne se renvoient pas la même image, ou sinon d’un positif le négatif des pellicules anciennes. Et il faudrait interroger la nature de l’interstice, du trait d’union l’os brisé pour en faire jaillir la substantifique moelle. Il faudrait interroger comment le regard se dépossède afin que l’image advienne à elle-même, en soi et hors de soi, ni ici ni là et en même temps ici et là.
Toute cette opération - cette praxis - se passe très vite - le temps de voir, de capter et de prendre la photographie ( d’appuyer sur le déclencheur ). Elle se distingue des photos posées - pausées - et autres selfies , postures ou mises en scène narcissiques qui visent à créer de la réalité et non à oeuvrer avec la réalité. La photographie rend compte de cet éphémère.
Sylvain Desmille
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