lundi 27 juin 2016

MY AMERICAN WAY OF WAR, un film documentaire de Sylvain Desmille

My american way of war: l'histoire familiale de Jeff Styker


LE MERCREDI 25 JANVIER ET LE MARDI 14 FÉVRIER 2017, LCP-Assemblée nationale (canal 13 de la TNT) diffuse à 20h30   My american way of war, une fiction documentaire 100% archives de Sylvain Desmille, qui retrace l'histoire d'une famille américaine dans l'Amérique de l'après Première Guerre Mondiale, voici un siècle. Un contexte troublé qui fait étrangement échos aux enjeux d'aujourd'hui... 
La diffusion du film est suivie d'un passionnant débat dans l'émission Droit de Suite, présentée par Jean-Pierre Gratien, avec Anne-Lorraine Bujon, chercheuse associée au programme Amérique du Nord de l'Ifri et rédactrice en chef de la revue Esprit, André Kaspi, historien spécialiste de l'histoire des États-Unis et Sylvain Desmille auteur réalisateur du film. 
Nota Bene: la diffusion initialement prévue le 19 janvier a été reportée au 25 à cause de la retransmission en direct du débat de la primaire du Parti socialiste.
Contacts presse: Virginie Nicolle-Bataille (v.nicolle@lcpan.fr) et Chloé Lambret (c.lambret@lcpan.fr)

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Dans My American way of life, qui a reçu le prix de la SCAM 2016, (Etoile pour Sylvain Desmille, auteur réalisateur)  Jeff Stryker, notre narrateur, racontait sa vie de 1945 à 1989, de la première bombe atomique à la chute du Mur de Berlin. A travers son expérience fictionnée,  le film interrogeait les deux visages de l'American way of life -  modèle américain, symbole de la toute puissance des États-unis  face à l'autre super grand soviétique pendant la Guerre froide et mode de vie critiqué par la jeunesse des années 1960, leur contre-culture devenant elle aussi une sorte d'American way of life pour la jeunesse rebelle du monde entier.

Dans My American way of war, Jeff raconte cette fois-ci l'histoire de sa famille composite (WASP traditionalistes et ruraux du côté de son père, immigrés juifs new-yorkais du côté de sa mère), de la fin de la première guerre mondiale à la fin de la deuxième, de 1918 à 1945. Une période qui marque l'avènement de la puissance américaine. Les événements qui la traversent font étrangement échos à notre contemporain (attaques terroristes, essor des mouvements nationalistes et isolationnistes, affirmation des théories racistes (avec des images surprenantes du Ku Klux Klan) et antisémites, débats sur les migrants et les questions du comment réaliser leur intégration (communautarisme ou assimilations), crise et dépression économique... C'est aussi une époque joyeuse, portée par le jazz des Roarings Twenties - les Années folles - et la prohibition, et surtout drôle à l'image des premiers fils de Charlie Chaplin et Buster Keaton...



Bande Annonce (pré-générique + générique)
de My american way of war



QUESTIONS AU RÉALISATEUR SYLVAIN DESMILLE À PROPOS DE SON FILM MY AMERICAN WAY OF WAR.


My American (way of) life racontait l’histoire du modèle américain au lendemain de la Deuxième guerre mondiale à travers le récit plus personnelle d’un jeune américain issu de la classe moyenne, Jeff Stryker. Pourquoi avoir voulu raconter l’histoire de sa famille, de ses parents et de ses grands-parents, réaliser ce que l’on appelle un préquel et non une suite ?

SD: My american (way of) life se terminait symboliquement en 1989, avec la Chute du Mur de Berlin qui marque aussi la fin du XXe siècle. Suite à l’effondrement de l’URSS, la partition politique du monde issue de la Révolution bolchevique de 1917 et cristallisée par la Guerre froide prenait sinon fin du moins n’avait plus de réalité apparente. Or, à l’origine du tout premier projet, l’idée était d’analyser et de mettre en perspective le modèle américain perçu comme un facteur et un révélateur de l’histoire du XXe siècle. Dans cette optique, il m’est apparu intéressant de raconter l’histoire de la famille de Jeff Stryker, de voir comment le modèle américain s’était constitué et réalisé, quelle en avait été la dynamique et le processus. C’est pourquoi aussi le film interroge la période qui va de la fin de la première guerre mondiale à la fin de la deuxième - d’où le titre, My american way of war, de 1918 à 1945, période qui correspond à la première partie du XXe siècle et où la plupart des enjeux qui l’ont structuré se sont noués. Cette période est aussi celle qui va de la naissance de la mère de Jeff Stryker à celle de la naissance du héros et narrateur de My American (way of) life.


Justement, est-il possible de voir les deux films séparément ?

SD: Les deux films constituent un diptyque, mais peuvent être vus chacun de manière totalement autonome, et même sans souci d’ordre. Il n’est pas indispensable d’avoir vu My american (way of) life pour comprendre My american way of war, d’autant que les événements dont parle ce film sont antérieurs à l’autre - ce pour quoi j’ai opté aussi pour un préquel, de manière à ce que tous les téléspectateurs puissent voir et l’un et l’autre, et l’un ou l’autre. Bien sûr, les téléspectateurs qui ont d’abord vu My american (way of) life comprendront mieux grâce à My american way of war  les ressorts de la narration, ce qui explique la fragilité ou la force de tel ou tel personnage, mais toujours de manière implicite (je crois à l’intelligence du téléspectateur). Et inversement.

L’unité - c’est à dire le lien - entre ces deux films est réalisée par l’apport des images d’archives privées qui donnent à ces films leur tonalité particulière, par le ton du récit, son style et enfin grâce à la voix du narrateur. Elle est interprétée par le formidable comédien Peter Hudson. Dans le premier film, sa voix teintée d’accent anglais participait à l’identification du personnage. Il était important de la conserver dans la mesure où dans ce nouveau film, à nouveau, c’est Jeff qui raconte l’histoire de ses parents. D’où également le titre de ce film My american way of war.


Pourquoi d’ailleurs cette personnalisation ?

SD: Cette personnalisation fait écho à la personnification du récit. Comme dans le précédent film et même bien avant (j’avais appliqué cette démarche pour une fiction muséale inaugurée en 2006, voilà dix ans, à Bénévent l’Abbaye, qui racontait l’histoire de Marion, une paysanne puis une ouvrière, dans la Creuse avant la Grande Guerre), je me suis attaché à collecter dans un premier temps le plus d’informations et d’analyses objectives auprès des historiens de la période, puis à partir de cette base documentaire et documentée très rigoureuse, de ces sources croisées et vérifiées, j’ai composé un récit de nature plus subjective, personnel et personnalisé grâce à mon héros-narrateur. C’est une dimension que je revendique totalement: comment subjectiver l’objectif alors que d’ordinaire le propos de l’historien est d’objectiver des témoignages subjectifs... En ce sens, il s’agit bien ici de proposer non une histoire des États-unis générale, en valeur absolue, mais plutôt une histoire relative, un regard marqué par une histoire familiale forcément plus personnelle, plus individuelle, mais dans laquelle paradoxalement tout le monde peut également se reconnaître, se retrouver ou y retrouver quelqu’un, l’autre. 



Le père de Jeff, Mike Stryker




VIDEO / Extrait n°1 la famille paternelle de Jeff Stryker


En fait, ce dispositif - cette torsion - permet d’appréhender l’histoire non avec un œil omniscient, distancié, en connaissance de cause et de conséquence. Ce film entend plutôt la donner à vivre à hauteur d’homme, et en donnant la parole - un regard - à ceux que la Grande histoire parfois oublie. Mon souci est en effet de tenter de comprendre comment les individus - issus ici d’une famille somme toute banale - perçoivent, subissent, ressentent, fantasment, passent à côté parfois, transcendent comprennent (ou non) l’événement au moment même où il survient, sans savoir ce qu’il va advenir. A cet égard, mon point de vue de réalisateur et d’auteur est de changer les angles des documentaires traditionnels, en  documentant, en multipliant et en croisant les points de vue, de renverser les mises en perspectives, d’appréhender l’histoire en immanence. Je puis comprendre que des esprits habitués à un ordo rerum du train train puissent être déstabilisé, mais en l’occurrence, les réactions du public  à My american (way of) life m’ont engagé et encouragé à aller plus loin.   Est-ce faire œuvre de romancier ? Sans doute mais pas seulement. Il s’agit aussi de faire oeuvre d’historien, après tout ma formation.

A cet égard, donner à vivre l’histoire, à comprendre ce que les personnes ont ressenti et comment elles l’ont ressentie, analyser les comportements au regard de l’événement fut une préoccupation du courant dit de la Nouvelle histoire et de l’anthropologie historique. A cet égard, et peut-être plus encore que dans My american (way of) life, j’ai pris soin d’appliquer la rigueur méthodologique que mes maîtres, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet m’avaient transmise: comment au sein d’un corpus analyser les variantes en fonction de leur contemporanéité historique.  My american way of war multiplie les angles de vues et les mises en perspectives, ainsi que les propositions en fonction des positions.

 

Est-ce la raison pour laquelle vous ne ménagez pas vos personnages ? On ne peut pas dire qu’ils correspondent à l’image du héros romanesque ou cinématographique....

SD: Mon but n’était pas de faire image, ni de faciliter une identification du téléspectateur aux personnages - ce qui était peut-être plus facile dans My american (way of) life parce que la voix disait “je”. Jeff mène une enquête pour retrouver et restaurer l’histoire de ses parents, confrontés eux-mêmes à un contexte et entraînés dans un processus historique que n’a pas connu le narrateur puisque tout ce qu’il rapporte est antérieur à sa naissance. On rejoint là l’objectif d’objectivité. Mais en même temps, grâce aux archives privées, aux lettres de ses parents, Jeff découvre et met à jour de la matière vivante, subjective et personnelle: la manière dont “son père” c’est à dire dont le réalisateur a filmé  les habitants de la petite ville de province n’est pas anodine. Elle contient même en soi énormément d’informations sur la psychologie de l’opérateur qui m’ont aidé à déterminer aussi la psychologie du père de Jeff, et c’est d’ailleurs en me fondant sur cette analyse que le personnage de Mike s’est révélé (comme on parle d’un révélateur photographique) et s’est imposé. Dans mes films, les archives ne sont jamais des illustrations, l’écriture se fondent n’ont pas en marge mais de conserve avec les différentes sources.



La mère de Jeff, Gisèle Steiner



Vidéo / Extrait n°2 La famille maternelle de Jeff Stryker


En ce sens, My american way of war est à l’image (et non au faire image) des films du début du XXe siècle, en noir et blanc et non en noir ou blanc. Il brosse une Amérique en gris plus ou moins denses et intenses, aux contrastes plus ou moins doux et affirmés. De même, la nature des différents personnages participe à la nature humaine et à leur histoire propre, considérée cette fois dans une dimension non seulement historique mais également romanesque. Chaque personnage se réalise à l’addition et à la somme des états de conscience qui le constitue, au regard d’un contexte et d’une actualité historique et surtout contemporaine.

La grand-mère paternelle de Jeff peut apparaître détestable. Elle correspond et montre celle de la grande majorité des WASP à cette époque. En fait, elle réagit dans un contexte de peur face à un changement perçu comme inéluctable (primauté des villes sur les campagnes, du modernisme sur les conservatismes qui suscite chez elle un sentiment d’attaque - la meilleure défense selon l’adage - porté par un instinct de conservation). Sa haine traduit aussi une réaction avant tout émotionnelle face aux événements, en particulier  vis à vis des attentats des années 1919-20, au regard des faits et non de ce qui les motive. Elle les condamne en refusant de les interroger et de voir que  les anarchistes pour la plupart alors immigrés italiens multiplient les attaques terroristes en réaction au racisme et aux inégalités qu’ils subissent de ceux qui se considèrent comme les vrais Américains. Elle généralise, amalgame. Le film à cet égard ne juge pas, il constate et il énonce, mais en donnant aux téléspectateurs toutes les clés de l’analyse.

De même, Henry, le fils d’immigré juif qui est fasciné par le parti nazi, est lui aussi un personnage aux états de conscience difficiles à appréhender car il ne correspond ni à l’Image du héros ni à celle du anti-héros.  Il peut à certains moments inspiré la sympathie et à d’autres le rejet. Difficile dès lors de s’y identifier : l’énoncé de ses état de conscience a valeur ici de distanciation brechtienne !!! En fait, ses atermoiements et ses velléités en tant que personnage sont inspirées par celles de Charles Lindberg, aviateur héros américain, pro-allemand qui reçut aussi une médaille du Nazi Goebbels, qui défendit le non-interventionnisme au nom du Pacifisme au sein du mouvement America First, mais qui lutta contre Hitler à partir de 1941.... Je précise cela pour montrer combien la constitution, la réalisation de chaque personnage se fonde sur, s’inspire de ou fait écho à une réalité historique. Si les téléspectateurs l’entendent c’est parfait, sinon on peut aussi voir le film sans connaître tout ces références. L'occasion alors de les découvrir.

Et si la narration ne ménage pas les personnages, c'est en fait par souci d'honnêteté, montrer qu'il n'existe pas un visage mais qu'un visage peut lui-même changer, comme de l'enfance à la vieillesse. Mais c’est parce que l’histoire de cette période fut elle-même mouvementée... Les personnages de My american way of war agissent et réagissent au contexte, certains avec un mode de pensée et au regard d'une idéologie affirmés (c'est surtout le cas des grands-parents paternels de Jeff Stryker), les autres en tentant de s'y conformer pour mieux s'y confirmer, en suivant le courant (les grands-parents maternels) les autres encore parce qu'ils grandissent dans un monde en mutation, aux valeurs basculées et bousculées (les parents de Jeff annonce à cet égard celle, contestataire, du narrateur de My american (way of) life, comme une attestation de leur filiation).

Et puis, vous savez, on commence toujours un film jusqu’au moment où c’est le film lui-même qui s’impose et inspire sa conduite, on fait un film jusqu’au moment où c’est le film lui-même qui se réalise. Il faut lui laisser cette liberté de brosser des portraits de personnages qui ne sont pas ceux auxquels vous aviez rêvé...


 

Et en même temps, l’histoire des États-unis raisonnent étrangement au regard de notre propre époque... C’est assez troublant de retrouver des thématiques très actuelles, comme si après un siècle rien n’avait encore été réglé... 


                                  Vidéo / Extrait n°4 Les Années folles / The roaring Twenties

SD: Les années 1918-1945 sont capitales pour comprendre la seconde partie du XXe siècle. On pense toujours aux Années folles, aux Roaring Twenties, aux flappers, au jazz, au modernisme (technologique et productiviste) et à la prohibition... Et on rit beaucoup aussi dans ce film, enfin j'espère qu'on en verra aussi l'humour. Mais cette période fut également d'une très grande violence sociale et sociétale et ce bien avant la Crise de 1929. 

Les femmes défilent... pour demander l'abolition de la prohibition !


40 000 membres du  Ku Klux Klan paradent dans les rues de Washington en 1925, source Libray of Congress


En ce sens, la” Peur rouge” de 1919-1920 permet de mieux appréhender l’origine de l’anti-communisme américain puis les ressorts du maccarthysme dans les années 1950. Ce en quoi les deux films dialoguent l’un avec l’autre. Il en va de même de “la question noire” telle qu’elle se constitue au lendemain de la Première guerre mondiale, puis résonne au moment de la lutte pour les Droits civiques jusqu’à aujourd’hui. Inquiète du monde et de perdre ses valeurs ou ses repères traditionnels, l'Amérique se referme dès 1918 sur elle-même. Les mouvements isolationnistes préconisent la défense des intérêts américains (fermeture des frontières, mise en place des barrières douanières, refus des alliances internationales qui risqueraient d'engager le pays dans de nouveaux conflits). L'Américanisme c'est-à-dire  les valeurs et  la culture américaine des premiers immigrants - celle des WASP, des Anglo-saxons, protestants et blancs - se développe moins en soi que via la peur de le voir remettre en cause ou en question. Toutes ces thématiques, cette idéologie, furent portées par le mouvement raciste du Ku Klux Klan qui se propagea à partir de 1914-1917 dans tous les États-unis et pas simplement dans les États du sud, son bastion d’origine. 

Un siècle plus tard, on en perçoit toujours l’écho dans la campagne présidentielle de Donald Trump.  Celle-ci apparaît d’ailleurs étrangement comme un mix des problématiques analysées dans My american way of war. On y retrouve les préoccupations des isolationnistes (fermeture des frontières, avec toutefois une nécessité d'intervention mais mesurée, rééquilibrage de l'équilibre des pouvoirs (entre les États-unis et la Russie), les grandes thématique de l'Américanisme (cristallisée par le slogan de la campagne électorale de Trump) mais aussi les recettes du New Deal rooseveltien (la politique des Grands travaux par exemple, même si personne ne sait encore qui va les financer), et si l’american way of life de la classe moyenne fut un idéal voire une idéologie (anticommuniste), Trump a tenté de la mythifier au risque de mystifier ceux qui l’écoutaient... Les résultats électoraux, avec une concentration du vote Trump dans les États du centre, rappelle aussi l’opposition entre les terres et les villes, les grandes plaines et les périphéries des années 1920. Ce sont dans ces territoires que le Ku Klux Klan s'était développé au tournant des années 1915-1925 et à l'époque, le racisme touchait non seulement les Noirs mais également tous ceux dont les WASP estimaient qu'ils constituaient une menace pour leurs tradition et leur religion. En fait, si au delà de son pragmatisme, Trump défendait une idéologie, celle-ci tendrait à revenir à cette Amérique de My american way of war et de My american (way of) life: défense et protection des intérêts américains, stratégie du rapport de force et du balance of power, typique du XIXe siècle, restauration des frontières, contrôle de l'immigration, réaffirmation de l'américanisme (entre théories créationnistes et enseigne Trump aux allures de sculptures du Mont Rushmore)...


Vidéo / Extrait n°3 Le Ku Klux Klan

En réalité, au delà d'une actualité possible ou non, mon souci a surtout été de mettre en avant la question du processus, c’est à dire de voir comment l’avènement des États-unis en tant que grande puissance a procédé d’un mouvement, plus ou moins voulu, plus ou moins conscient, d’une conjonction de phénomène et de paramètre imposant leur rythme mais aussi au regard d’un télescopage de météorites - comme le krach  boursier de 1929 - qui modifie la trajectoire. Dans ce contexte la vie des personnes est bousculée et se modifie aussi à l’aune de ces bouleversements.

C’est pourquoi j’ai opté aussi pour une famille recomposée idéologiquement - mais loin d’être exceptionnelle (nombreux étaient les mariages trans et multicommunautaires dans les grandes villes). La famille de Jeff est du côté paternel affiliée aux WASP et du côté maternel aux immigrés juifs venus d’Europe de l’Est. Non seulement elle concentre et cristallise les enjeux d’une époque mais surtout elle les mets en relation. 



Ellis Island, port de débarquement des immigrés venus d'Europe

Il était important aussi de mettre à l’épreuve les débats d’idées, comme par exemple celui sur l’intégration des immigrés. Chassés d’Europe de l’Est par les pogroms antisémites ou la misère (en Italie), ceux-ci débarquent en masse aux États-unis dès la fin de la Première mondiale. Mais alors que l’Amérique avait été une Terre promise pour les immigrés précédents, devenus Américains, ces derniers rechignent à accepter les nouveaux venus, parce qu’ils représentent une force de travail trop concurrentielle, et parce qu’ils ne correspondent pas à l’Image que les Américains, les WASP, s’étaient faits d’eux-mêmes. Leur nombre est perçu comme une menace pouvant contester l’ordo rerum encore majoritaire (mais pour combien de temps, tel est le fantasme). D’où la mise en place des lois définissant des quotas d’immigrés en fonction de leurs origines.

L’autre question concerne l’intégration des populations étrangères. Doit-on respecter voire encourager leurs différences culturelles et religieuses - pour les distinguer des WASP majoritaires et les intégrer certes mais toujours en tant que minorités ? Ou faut-il abolir toute forme et sorte de différences afin que l’Autre participe du Même ?  La famille maternelle de Jeff Stryker illustre tous ces débats. Sa grand-mère est partisane d’une conception communautariste, soucieuse de ses racines, alors que son grand-père est partisan de l’assimilation, c’est à dire de l’abandon des spécificités et des identités culturelles originelles pour se conformer au mode de vie américain (l’american way of life). 


Mulberry strret, où l'intégration des population immigrées, New York ca 1900-1915



En fait, ce débat fait écho à celui qui opposa des théoriciens de l’intégration. Ainsi, si Israel Zangwill, issu de la communauté séfarade, la plus ancienne aux États-unis, défend l'idée que les immigrants de toutes nationalités, de toutes les religions et de toutes les cultures doivent se fondre dans un melting-pot pour devenir des Américains, en revanche, Horace M Kallen, issu lui de la communauté Ashkénaze (arrivée plus récemment aux États-unis, et qui voit d’un assez mauvais Oeil les juifs acculturés, qui mangent du porc et qui ne suivent pas les préceptes de vie fondé sur la religion)  lui oppose le multi-culturalisme et promeut la défense de la culture juive et même des cultures juives menacées de disparaître à cause de l'assimilation.

Là encore, le film renvoie à ces débats mais on peut très bien en comprendre les enjeux sans connaître toutes ces références. Le fait qu’il les donne à vivre permet aussi de voir comment au delà de la théorie pure chacun s’est approprié et ressenti ces débats. Obligée de suivre la ligne assimilatrice voulue par son mari, Sarah, la grand-mère de Jeff, fait tout , mais à son coeur défendant, pour que ses enfants deviennent des “vrais Américains”, au risque qu’ils oublient leurs racines, fantasment leur nouvelle origine  ou pire qu’ils surjouent (au point qu”Henry se laisse fasciner par les mouvements nazis américains...). 




Des archives rares pour un film qui n'est pas dénué d'humour ni de moments drôles

Certains moment dans la vie peuvent être gênants mais pas toujours tristes ! Des images tirés des fonds d'archives de l'armée américaine...



Cette dimension familiale est très bien rendue grâce aux archives privées. Comment les avez vous trouver ? Elles devaient être bien plus rares à l’époque que pour My american (way of) life...

SD: Les archives privées permettre de nouer et d'entrelacer l'histoire individuelle et la Grande histoire. Ce corps à corps nous permet non seulement d’incarner l’Histoire en faisant des héros des personnages documentaires (car documentés grâce à un travail de recherches historiques précis, vérifié et rigoureux) mais également de mettre en perspective les processus et les événements historiques (et le film a fondé son récit sur les dernières découvertes historiques peu connues du grand public). Cette démarque s'inspire aussi de la trilogie USA de Dos Passos qui précisément a entremêlé les éléments narratifs romancés avec des extraits de journaux et documents d'époque.



Vidéo / extrait n°5 La rencontre des parents de Jeff 
                                             à l'Exposition universelle de New York en 1939

 

Vidéo / Extrait n°6 La vie de Mike Stryker, soldat sur un porte avion 
pendant la Deuxième Guerre Mondiale.
De l'American way of war à l'American way of life


Voici plus de dix-quinze ans que je fouille les fonds d’archives américaines... et j’ai été très surpris de découvrir que les Américains, du moins ceux qui appartenaient à un certain milieu social, ont réalisé des home movies presque dès l’invention du cinéma. Ceux-ci sont d’ailleurs très bien tournés (plan de coupe, champ et contre-champ, souci de la lumière, respect des règles et de la grammaire cinématographiques). Cette qualité de tournage fut également très importante pour le recadrage des archives, imposé par le format 16/9 de la télévision. Il s'agit d'une obligation de production. Car, si certains diffuseurs acceptent encore en France le format 4/3 original, c'est moins le cas à l'étranger - et comme le film est aussi destiné à être diffusé au niveau international, le recadrage des archives s'est avéré nécessaire. Toutefois je prends grand soin à le faire moi-même pour qu'il y est le moins de déperdition (ce qui fut facilité par le souci de centrage des images des opérateurs de l'époque). Et d'ailleurs, dans les cas où le recardrage constitue une perte ou une trahison, je suis de ceux qui préfèrent choisir un autre plan. Ainsi les 900 plans du film ont été recadrés à la main par mes soins.

L'autre surprise fut de découvrir que si après 1945, et avec la généralisation des films en couleur, les Américains cherchent à capter la réalité (fêtes de famille, premiers pas de bébé), nombreux furent ceux qui, pendant l'entre-deux-guerres, ont réalisé des petites fictions familiales, dans lesquelles chacun joue un ou son propre rôle. Elles ont aujourd'hui une valeur documentaire. Tous ces films familiaux, en grande partie anonymes, m’ont permis de relever le défi de réaliser une fiction documentaire et une saga à base d’archives cinématographiques depuis 1918, avec parfois de bonnes surprises... Je leur suis très reconnaissant. Grâce à eux, mes personnages ont un visage qui les incarne et qui les dépasse, dans la mesure où ils représentent un visage des États-Unis dans lequel tous les Américains et les autres pourront se retrouver. J’imagine aussi qu’avec le temps on en découvrira de nouveaux films, pré-textes à de nouvelles histoires... La saga de Jeff Stryker et de sa famille n’est peut-être pas terminée... 


                                                                               Sylvain Desmille. 




BONUS

Pour ceux qui le souhaitent, vous trouverez ci dessous le lien de la page issue du site de la SCAM où figure la vidéo d'une conférence qui s'est tenue le samedi 5 novembre 2016 au Forum des Images dans le cadre du Festival des Étoiles de la SCAM et en partenariat  avec France Culture, intitulée Des images à remonter le temps, comment raconter les destins collectifs et intimes avec des images d'archives. Avec Catherine Bernstein, Anna-Célia Kendall Yatskan et Sylvain Desmille, interrogés par Perrine Kervran.
 









MATÉRIEL PRESSE


 Photographies pouvant servir d'illustration pour la presse
Public Domain

Ernie Hare Prohibition Suicide


Buster Keaton et Virginia Fox in The electric house




Chaplin in The Kid, publicity, public domain.


The Prohibition, Library of Congress



La Bohème des Roaring Twenties



Les Flappers, symbole des Roaring Twenties

The Washingtonians, jazz band, ca 1925


Louis Armstrong, Library of Congress


Floyd Burroughs, Sharecropper, Public domain


Dorothea Lange, Migrant mother, Public domain.

Dorothea Lange, Poor Mother and Children, Public domain.



African Amricans



Approching Omaha Beach, the D-DAy, 6 juin 1944.



D-DAY, 6 juin 1944


IWO JIMA



IWO JIMA



The M4 Crew

The Kiss 1945



BANDE ANNONCE ET EXTRAITS VIDÉO


Bande Annonce


Extrait n°1


Extrait n°2


Extrait n°3


Extrait n°4


Extrait n°5


Extrait n°6






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