dimanche 11 janvier 2015

QUI EST CHARLIE ?

Le mercredi 7 janvier 2015, vers 11h30, deux hommes vêtus de noir et cagoulés massacrent à la kalachnikov douze personnes présentes à la rédaction de Charlie Hebdo, donc cinq des principaux dessinateurs du journal satirique (Charb, Cabu, Wolinski, Tigous et Honoré). Les frères Chérif et Saïd Kouachi, 32 et 34 ans, ont appliqué la Fatwa lancée contre les caricaturistes de Mahomet. Après une cavale d'un jour et une nuit, ils se retranchent dans une entreprise de Damartin-en-Goële.Le 8 janvier, Amedy Coulibaly, 32 ans, qui connaît les frères Kouachi, tirent sur deux policiers municipaux de Montrouge. Le lendemain, il abat quatre clients d'un supermarché Casher situé Porte de Vincennes et prend en otage ceux qui n'ont pu se cacher ni s'enfuir. Il dispose lui aussi d'armes automatiques et d'explosif. Les trois terroristes sont abattus à 17h dans une opération coordonnée du RAID et du GIGN.


Bal tragique à Charlie Hebdo: 12 morts.


Il y a beaucoup de monde. Vraiment. Les rames des métros sont saturées comme aux heures de pointes. Nombreux sont ceux à être venus à pieds. Les visages sont graves. Gentiment. Empruntés. Et nombreux sont ceux à ne pas savoir lequel ils doivent, justement emprunter. Certains semblent soulagés. D'être là pour la bonne cause. Certains semblent un peu gênés aux entournures. Comme les rues qui convergent vers la Place de la République. Vues du ciel: ruban noir de monde.
Certes, l'émotion est moins intense que le 7 janvier, le soir du massacre perpétré à Charlie Hebdo, ici même, mais elle est bien là. Et c’est tout ce qui compte.  Au final. C’est ce que nous sommes venus tous chercher. Cette empathie. Cette solidarité. Cette catharsis. Cette transcendance. Cette unité. Cette fusion. Et d’ailleurs, les jeunes sont beaucoup plus nombreux que lors des rassemblements précédents. Ils sont contents. C’est leur grand jour. Enfants, ils avaient raté la manifestation qui avait suivi le 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen était arrivé au second tour de l’élection présidentielle. Tous le disent. De bouche à bouche. Le répètent. En boucle. Comme s’ils passaient sur les chaînes d’information. Et ils y passent, en effet. On les met en avant. Devant. Ce ne sont jamais les mêmes et ce sont les mêmes pourtant. Qui se répètent. En continu. Oui, c’est important, pour eux. Qu’ils soient là. Qu’ils manifestent. Consternés. Concernés. C’est bien. C'est sympa. Tout ce monde. Et les gens du monde entiers. Non seulement les chefs d'État, mais aussi tous ceux qui manifestent. Londres, Washington, Berlin, Montréal... C'est sympa.  Nous nous laissons tous porter par le mouvement. En liberté gravitationnelle.


Dimanche 11 janvier 2015. Il y a déjà bien longtemps. Se tient à Paris et dans plusieurs villes de France une grande Marche pour commémorer l’attentat islamiste contre Charlie Hebdo et honorer la mémoire des victimes, dessinateurs, personnels d’entretien du journal, policiers tombés au champ d’honneur, quidams sans défense assassinés au nom d’un antisémitisme primaire.  

Mais le rassemblement s’est toujours voulu profondément et sincèrement unitaire. D’ailleurs, à Paris, trois parcours ont été prévus, afin de contenir la foule immense et pour faciliter la protection des personnalités. 

Un premier cortège rassemble les organisations syndicales, qui sont à l'origine de cette manifestation citoyenne. Aucun mot d'ordre. Aucun étendard. Dignité.

Le second réunit aux côtés du président Hollande une cinquantaine de  chefs d’États venus du monde entier. On reconnaît entre autre la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre britannique David Cameron, le chef du gouvernement Mariano Rayo, le président du Conseil italien Matteo Renzi, le premier Ministre belge Charles Michel et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Les présidents malien et nigérien, Ibrahim Boubacar Keïta et Mahamadou Issoufou, le roi Abdallah II et la reine Rania de Jordanie  sont également présents. Le plus tragiquement drôle c’est qu’a été également convié Ahmet Davutoglu, Symbolique est aussi la présence du président Palestinien Mahmoud Abbas et du premier Ministre Benjamin Netanyah. Mais il faut dire qu’avant lui, Avigdor Lieberman, et Naftali Bennett, représentant de l’extrême droite israélienne, ses deux rivaux aux élections électorales prochaines ont fait aussi le déplacement à Paris...


Les chefs d'États présents à la manifestation du 11 janvier 2015.



Sont-ils Charlie ? En tout cas les dessinateurs assassinés de Charlie Hebdo auraient eu plaisir à croquer ce moment. Car cette vraie fausse rencontre - le Palestinien et l’Israélien ayant bien précisé qu’ils ne voulaient pas se croiser, officiellement - pathétique et tragique aurait été une bonne matière à réflexion.

En revanche, les dessinateurs massacrés de Charlie Hebdo auraient-ils apprécié de voir défiler en leurs noms  Nabil el-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe qui, en 2013 avait soumis à l’initiative du Qatar un projet de loi permettant de poursuivre tous les blasphémateurs même s’ils résidaient à l’étranger. Auraient-ils apprécié de voir défiler en leurs noms le premier ministre du gouvernement turc ?  alors que soixante-dix écrivains et éditeurs ainsi que soixante-seize journalistes sont emprisonnés en Turquie dont Sevan Nichanian pour insultes à l’Islam et Ragip Zarakolu, défenseur des Droits de l’Homme... 

Ewa Kopacz, la chef du gouvernement polonais qui refusa le mariage homosexuel  est-elle Charlie ? Et Sergueï Lavrov, le ministre des affaires étrangères de Poutine, est-il Charlie lui aussi ? 

Il y avait eu quelque chose de drôle à entendre résonner les cloches de Notre-Dame pour rendre hommages aux victimes des Frères Kouachi, surtout lorsque l’on sait la considération dans laquelle les dessinateurs de Charlie Hebdo tenaient les religions. Cela avait été surréaliste d’entendre le Pape François lancer un appel à la prière pour eux. 

Pourtant Monseigneur Vingt-Trois était-il Charlie lorsqu’il affirmait le 19 septembre 2012 “qu’on ne peut pas dire n’importe quoi sous couvert de liberté d’expression...”

Le Conseil français du culte musulman qui a appelé les Musulmans de France à rejoindre les Marches du 10 et 11 janvier 2015 était-il Charlie lorsqu’il demandait l’interdiction du numéro reproduisant les caricatures de Mahomet en février 2006 ? 

La Grande Mosquée de Paris et l’Union des organisations islamiques de France étaient-elles Charlie lorsqu’elles ont toutes les deux poursuivies Charlie Hebdo pour “injure publique à l’égard d’un groupe de personne en raison de leur religion.” ? en faisant mine de ne pas comprendre que le propre des caricaturistes n’étaient pas d’injurier mais de provoquer des états de conscience, avec le rire comme ultra-chocs et ultra-ondes. 

Je m’interroge. Au nom du patriotisme compassionnel, doit-on justifier cette farce ? Les dessinateurs de Charlie Hebdo auraient-ils vraiment ri - même vert, même jaune - en sachant que leur mort servait de prétexte à cette parade de censeurs ?  Le but de cette marche n’était-il pas : “de montrer la détermination des pays européens  et africains face au terrorisme et d’exprimer leur engagement  du côté de la liberté d’expression leur volonté de faire commun contre la barbarie”. 

Pendant ce temps, aux abords de la Place de la République, la foule grossit, s’amalgame. Quand soudain, la rumeur enfle, elle aussi... François Hollande arrive. Enfin. Enfin ? Quelle consécration ! Les Journaux soulignent la correspondance. Il n’y a pas eu de manifestations aussi importantes, unanimes et solidaire depuis la Libération. 1945- 2015. Hollande est de Gaulle ! Paris  outragée, Paris brisée, Paris martyrisée ! mais Paris libérée...

Digne, inspiré comme François Mitterrand lors de la manifestation anti-raciste après la profanation du cimetière juif de Carpentras, le Président français entend non seulement impressionner ses invités, mais aussi les téléspectateurs  et à travers eux tous les Français. Il a bien joué. La venue des autres chefs d’État  unis pour combattre le terrorisme comme de Gaulle s’était levé contre le Nazisme en son temps, justifie sa présence. Après tout, c’est lui, et lui seul, Hollande le Grand qui a géré la crise comme un dieu. Et c’est vrai ! Détermination, efficacité. “Retrouvez-les et mettez les hors de nuire” aurait-il dit.  Et au point final, c’est Lui qui a donné l’ordre de donner l’assaut - comme Obama au moment de l’élimination de Ben Laden. Oui-oui. Il n’a pas failli. Il n’a pas démérité. Tous les autres chefs d’État le reconnaissent. L’admirent, désormais. Hollande mérite de regagner l’Olympe de la popularité de la République sondagière. 

Pendant ce temps... nous, nous nous marchons sur les pieds.  Désolé. Pas grave. Pas de souci. Quelle compréhension ! Quelle bonne entente ! La compassion nous rend tous sympathiques. Forcément.  

Notre petite groupe crapahute pour quitter le long ombilic et se mettre légèrement en retrait. Après l'entente, l'attente. Mais celle-ci est prétexte à la réflexion. Ces derniers jours, nous n’étions que réflexe. Assujettis au rythme précipité des chaînes d’information en continu,  soumis à l’enchaînement des coups de théâtre et des détonations. Contraints de suivre les va-et-vient du Président, nous n’avons pas eu le temps ni l’occasion de réaliser ce qui était en train de se dérouler ni la portée ni la signification exacte des événements. Mais peut-être est-il encore trop tôt ou déjà trop tard.

Digression 1: Pourquoi, comment "Barbare".

Vu l’importance des conseillers en communication aujourd’hui, je m’interroge sur la terminologie de “barbare” employée pour qualifier les assassinats dans les médias et ce, aussi bien par François Hollande, Manuel Valls et les ministres de son gouvernement que par Nicolas Sarkozy et d'aucuns membres de l’UMP. 

Ce qualificatif de barbare a été repris par la foule et mis en exergue par les médias. Il est l'un des mots récurrents de cette marche.  

Il avait déjà été utilisé pour qualifier la mort d'Ilian Halimi, à juste titre, vu les actes de tortures qu’avait subis le jeune homme, enlevé parce qu'il était juif et séquestré par le Gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana. Mais ce terme de barbare convient-il exactement à l’assassinat des victimes de Charlie Hebdo, des policiers et des clients du supermarché Casher ? On peut les qualifier de salauds, de cons, de lâches dans la mesure où seuls les frères Kouachi étaient armés, d’exécutions sommaires et d'ignobles aussi bien vis-à-vis des dessinateurs que des policiers, ou encore de lâches, sommaires, d'ignobles et d'antisémites quand il s’agit de la tuerie du supermarché casher. 

Alors pourquoi mettre en avant l’adjectif barbare ? Pour faire correspondre l'émotion à l'image que le mot est sensé signifier ?  Pourtant ce mot “barbare” est loin d’être anodin. 

Il désignait en grec ancien l’étranger. Il  ne faut  le confondre avec le métèque, c’est-à-dire le Grec venu des autres cités que la sienne mais de même culture ou à peu près, de même langue ou à peu près.  Car le barbare se reconnaissait au fait qu’il ne parlait pas la même langue, qu’il s’exprimait en charabia (étymologie du mot grec barbaros). Contrairement aux autres Grecs, le barbare ne partageait pas non plus la même culture et l’historien Thucydide oppose le Barbare qui défend les valeurs locales aux valeurs universelles de l’homme civilisé. 

A la Renaissance, le même mot fut utilisé pour qualifier les grandes invasions qui aboutirent à la Chute de l'Empire romain et désigner l’homme inculte, violent et intolérant qui entend imposer ses convictions par la force et non le libre arbitre de la raison. Suite à l’arrivée de l’Islam en Afrique du Nord, les Occidentaux désigneront cette région de Barbaresques, en reprenant il est vrai à leur compte l’ancienne dénomination latine de Barbarie.  

En utilisant le terme ô combien signifiant de barbares et de barbaries pour qualifier les massacres à Charlie Hebdo et au supermarché casher, les hommes politiques français entendent-ils les mettre à distance, les rendre étrangers à nous, les civilisés, comme si ce massacre était le fait de l’Autre, d'une Altérité. Et effectivement, dans la manifestation, on parle d'Eux comme s'ils n'étaient pas Nous. Comme les prêtres en leur temps glorieux parlaient de la bête immonde. Comme les Islamistes et les intégristes de tout poil (ou rasés de frais) parlent de nous, les Occidentaux, les impurs et de tous ceux y compris dans le monde musulman qui ne sont pas Eux.

Pourtant ni les frères Kouachi ni Amedy Coulibaly l’auteur du massacre antisémite au supermarché casher, ni Mohamed Merah ni Youssouf Fofana n’étaient des étrangers. Tous étaient  Français de confession musulmane comme un grand nombre de nos concitoyens pas terroristes pour autant, descendants de parents immigrés il y a bien longtemps et comme beaucoup de Français. Oui, il faut le répéter. Pour voir la réalité en face et ce faisant voir comment on a pu tous en arriver à ce carnage, à cette situation aurait dit Jean-Paul Sartre. Ils étaient français.  Ils n'étaient pas des étrangers comme le terme de barbare voudraient symboliquement le faire entendre. 

A moins que cette terminologie ne soit utilisée pour "étrangiser" les terroristes français, c'est-à-dire à la fois les rendre étranges (différents des "vrais" Français) et faire d'eux des étrangers. A cet égard, nombreux sont déjà les députés à demander une loi sur la déchéance de la citoyenneté pour les terroristes ou les djihadistes bi-nationaux. Comme le capitaine Dreyfus dégradé en son temps.  Au risque de sous-entendre que les bi-nationaux ne sont pas totalement français, par nature: "La preuve, dixit, ils sifflent la Marseillaise. Et qui auraient-ils soutenu en cas d'une final France - Maghreb lors de la Coupe de monde de football ?"... 


En utilisant ce mot de barbare, qui n’est en rien un lapsus mais reste ô combien révélateur, n’existe-t-il surtout pas un risque à ce qu’une grande partie des enfants d’immigrés, souvent bi-nationaux ou le revendiquant même s'ils ne le sont pas, souvent de confession musulmane, s’identifient à l’image des terroristes. 

Ne sont-ils pas des barbares, eux qui précisément parlent toujours avec un accent et un phrasé tellement identifiables qu’ils le revendiquent comme un principe d’identité, au risque de s’enfermer dans leur monde, leur ghetto, leur cité (et j’emploie ce mot dans sa terminologie exacte, celle qui implique et défend une citoyenneté). 

Ne sont-ils pas des barbares, eux qui s’expriment souvent de manière peu intelligible, en charabia (mais après tout, nous avons tous vanté leur rap, perçu comme leur moyen d’expression, nous avons tous applaudi leur langue, considéré comme l’expression de leur contre-culture et un moyen d’identification qui avait le mérite de nous démarquer de leur identité) ? 

Ne sont-ils pas des barbares, eux que les instances de l’éducation nationale ont laissé ne pas écrire correctement le français au nom d’une liberté d’expression formelle,  au risque d’en faire un moyen d’asservissement dans la mesure où ces dysorthographie les condamne à ne pas trouver d’emploi ou sinon subalterne, tout cela parce que l’école a refusé de leur inculquer précisément les règles (de grammaire) et de corriger leur orthographe, pour ne pas qu’ils se sentent stigmatisés au regard de leur classe sociale (il est révélateur que l'Éducation nationale emploie le terme d'origine,  au risque d'assimiler classe sociale et racisme).

Dans les collèges et les lycées, nombreux ont été les incidents au moment de la minute de silence pour victimes assassinés par les frères Kouachi. Même minoritaires - du moins en voix - certains élèves ont refusé de rendre hommages à des dessinateurs qu’ils condamnent en tant que blasphémateurs envers l’Islam (en témoigne dans Le Point une enseignante d’un collège de l’académie de Grenoble) ou la religion catholique (comme ce fut le cas au lycée Saint louis de Gonzague dans le XVIe arrondissement de Paris)... “Ils l’ont bien cherché, après tout” ou encore “Il est normal qu’on se venge” furent les phrases reprises en leitmotiv dans les débats organisé à la demande du Ministère. 

En Seine Saint-Denis, un colis a été déposé dans la salle des professeurs du Lycée Paul-Eluard avec marqué dessus: “Je ne suis pas Charlie”. A l’intérieur se trouvaient des câbles et un détonateur... Toutefois, d’après le Ministère de l’Éducation nationale, les provocations  semblent avoir été moins nombreuses qu’après l’élimination de Mohamed Merah en 2012, héroïsés par certains jeunes pour ses crimes antisémites. 

Pour les éducateurs, elles restent sinon normales à cet âge, du moins témoignent-elles d'une "incompréhension des libertés fondamentales" comme le rappelle Fabien Lascaux, le compréhensif proviseur du Lycée Blaise-Pasacal de Châteauroux, dont une dizaine d'élèves ont organisé un guet-apens pour tabasser un de leurs camarades qui avait osé posté sur  Facebook des messages louant la tolérance et la laïcité. Les agresseurs, aussi lâches que les frères Kouachi, ont plaidé pour leur défense "qu'ils s'étaient sentis attaqués dans leur religion". Le Proviseur a promis une mise à pied des tabasseurs. Et la Ministre Najat Vallaud-Belkacem a affirmé que les "incidents inacceptables ont fait l'objet de traitements immédiats sous forme de dialogue éducatif, voire de sanctions." No comment.

Signe des temps, le lendemain du commando des frères Kouachi, les caillassages de voitures de police ont considérablement augmenté, ainsi que les attaques de sites internet symboliques comme celui d’Oradour sur Glane, ville martyre des Nazis,  où un placard proclamait “Je suis musulman, je ne suis pas Charlie”.  

Le cortège commence à avancer. C’est plus un mouvement de foule, un jeu de flux et de reflux. Une jeune fille se retourne, furibonde. Un jeune homme s’excuse. Cramoisi. Il ne l’a sans doute vraiment pas fait  exprès. Après tout, une main au cul vaut mieux qu’un bras levé. Même si aujourd'hui, une main au cul est déjà considérée comme un bras levé. Salaud de macho ! phallocrate de mes deux ! Tout cela parce qu'on n'est pas voilée... En revanche, nombreux sont ceux à être plus tôlérants pour les quenelles à la mode Dieudonné.

Une lycéenne, maquillée rouge Dior, dit qu’elle a mis un chapeau de guingois pour faire "de gauche". Forcément. L’Unité. L’Union sacrée. L’Unanimité. Je commence à traîner des pieds...

Derrière les chefs d’État, les personnalités gouvernementales collent au train-train. Bien sûr, sont mis en avant les ministres spécifiquement concernés, Manuel Walls en tête, Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian et Christiane Taubira qui ont été de tous les conseils de crise autour du Président. Et puis,  liberté d’expression oblige, il y a aussi Fleur Pellerin, Ministre de la Communication (signe des temps, nombreux sont les journaux à oublier dans sa titulature, qu’elle devrait être aussi ministre de la Culture - un acte manqué que Charlie hebdo n’aurait pas manqué de caricaturer). Les autres suivent au pas. 

Hollande a bien joué. Avant d’appeler les autres chefs d’État et d’annoncer sa propre participation à la Marche, il a invité tous les partis politiques à défiler à sa suite - sauf le Front national, bien sûr. Pourtant jamais Charlie Hebdo n'a banni le FN, au contraire, il s'en est moqué, l'a vomi, en a dénoncé les lieux communs et les absurdités. Mais bon, l'Image exige cette Union sacrée sans concession. Et effectivement, difficile pour les formations politique  de ne pas se prêter à cette grand-messe médiatique, au risque sinon d’apparaitre comme des sans-coeurs, voire de rompre la concorde républicaine et pire que tout de dénoncer le protocole compassionnel de la Nation envers la Nation. 

Déjà on a dénombré samedi 10 janvier 22 000 manifestants à Orléans, 35 000 à Pau, 22 000 à Nice... 700 000 dans toute la France. Plus d’un million cinq cent mille personnes ont marché ce dimanche à Paris. C’est une lame de fond immense. Trois millions sept cent mille dans toute la France... Quatre millions le surlendemain... C’est sans doute la plus grande manifestation jamais organisée. Un de ces moments rares où tous les Français se sentent profondément émus et unis. La Nation française s’est levée. La Nation est entrée en résistance. Debout. 

C’est un brouhaha. Parfois une impression de silence. Une salve d’applaudissements au passage des cars de police. Nombreux sont ceux qui ont recommencé à respirer après avoir entendu en direct des rafales de coups de feu tuer les terroristes. Un groupe de jeunes bobos jettent leurs bouteilles de bière dans le caniveau pour applaudir les balcons où une banderole “je suis Charlie” a été déployée. Sont-ils Charlie ceux qui n’ont jamais lu Charlie Hebdo et ceux qui n’en ont jamais entendu parlé avant le 8 janvier ? Qu’importe. Ils ont prévu après la marche d’aller faire la fête. Ils trépignent de manifester. Mais la foule n’est encore qu’une bête qui s’ébroue. Une échine qui se cambre  avant de lentement se déplier. 

Digression 2: Rien à voir avec l'immigration.

A juste titre, les autorités n’ont cessé de mettre en garde contre les amalgames entre les Français musulmans et les Islamistes. Précisons le encore. Avant d’être des islamistes, les frères Kouachi étaient des citoyens français. 

Ce qui ne devrait pas être un rappel est important, surtout quand d’aucuns établissent un lien entre islamisme et immigration, ou encore, comme c’est le cas en Allemagne avec le mouvement Pegida, entre islamisation de la société et immigration. Les immigrés qui ont fuit la Syrie et l’Irak ou encore le Nigeria, victimes de la dictature ou des persécutions perpétrées par les intégristes musulmans, ne prônent ni la charria ni l’islamisme. Ils sont plutôt heureux d’être accueillis dans un pays  qui défend encore la liberté d’expression. 

En fait, l’islamisme est tout à la fois une question internationale, multinationale et un problème national. Ce sont d’ailleurs souvent les jeunes citoyens français de confession musulmane et les nouveaux convertis à l’Islam qui veulent changer les lois et les valeurs de la République Laïque pour les conformer au modèle et aux principes de l’Islam, et tuer l’esprit des Lumières au nom des préceptes obscurantiste de la charria. Leurs luttes s'apparentent à une forme de révolution pas si éloignée au regard du processus de ce que fut la révolution prolétarienne et communiste en son temps. Mais dans le fond, il s'agit d'imposer une révolution des contre-Lumières, l'apologie des signes religieux ayant valeur de principe d'identité par identification. "Ils faut qu'ils arrêtent de dévoiler nos femmes" disaient encore Amedy Coulibaly avant d'être neutralisé.

Les politiques français ont leur part de responsabilité dans cette dérive lorsqu’ils n’ont pas rappelé fermement le principe de séparation de la loi de 1905,  entre la sphère publique qui doit rester entièrement et fondamentalement laïque et la sphère privée où chacun a le droit au respect et à la liberté de suivre ses convictions religieuses ou non. Ils ont une responsabilité quand les débats sur la question du voile et des signes religieux ont pris autant de temps alors le simple rappel des valeurs républicaine n’aurait pas dû en faire le cas. Ils ont une responsabilité lorsqu’ils acceptent que des femmes voilées accompagnent des sorties scolaires - non parce que les femmes sont voilées (après tout, toutes les femmes portaient un foulard dans les années 1950 ou encore des coiffes pour les grandes occasions en Bretagne...), mais parce que le voile est un symbole religieux et qu’il traduit peu ou prou sinon la volonté du moins la possibilité de rendre poreux la frontière républicaine entre espace public et sphère privée.

Jean-Marc Ayrault est-il Charlie quand, Premier Ministre, il désapprouve en 2012 les caricatures de Mahomet publiées par Charlie hebdo ? 

Jacques Chirac est-il Charlie lorsqu’en février 2006 il condamne les provocations de Charlie Hebdo ?

La liberté aurait-elle une limite ? La liberté d’expression publique peut-elle être restreinte au nom de la sensibilité religieuse des uns ou des autres atteints dans leur fors intérieur, c’est-à-dire privé ? Et si la liberté des uns doit s’arrêter là où commencent celles des autres ainsi que les intégristes de tous poils aiment à en rappeler l’adage, en quoi la liberté religieuse des uns serait-elle supérieure à la liberté des autres pour en justifier l’interdit ?

Digression 3. Pour-quoi défilons-nous ?

Mais pour quoi manifeste-t-on au juste ?  Au fil des derniers jours, le message s’est peu à peu brouillé. Tout de suite après le massacre perpétué à Charlie Hebdo, les syndicats avaient appelé à une marche  pour défendre les valeurs de la République dont (et donc) la liberté d’expression et donc (dont) la liberté de blasphème. Pourtant, un grand nombre de ceux qui participent à cette marche - en particulier, les instances religieuses réunies dans une même unité oecuménique  - refusent ce droit fondamental au blasphème, symbole depuis 1789 de la liberté d’expression.  

Manuel Walls évoque plus des postures à tenir, afin que cette marche reste digne pour demeurer dans les annales. Il est important de ne pas laisser aux Islamistes la maîtrise de la communication symbolique. Il n'a pas tort.  De répondre au symbole des décapitations de journalistes par le symbole d’une nation unie. C'est vrai. De faire nombre, dans l’unanimité nationale. Pour que cette marche reste à jamais dans les mémoires comme un moment historique. Que chacun puisse dire et se dire plus tard: “J’y étais”. L'Assemblée Nationale se lève - Top envoi Marseillaise -  la foule applaudit.

Quelques heures auparavant, samedi soir, le Premier Ministre s’était déplacé au Supermarché Casher pour rappeler la détermination de la France à lutter contre l’anti-sémitisme. Et François Hollande le réaffirme dimanche en compagnie de Benyamin Nétanyahou à la Grande Synagogue de Paris. J’avais été étonné que les médias n’évoquassent pas ce crime antisémite. D'emblée. 

Comme si Coulibaly était entré dans ce magasin par hasard. Comme s’il ne fallait pas rappeler que cet islamisme est aussi et profondément un anti-sémitisme.   
Comme s’il fallait faire une sorte de distinguo entre un tueur antisémite et les frères Kouachi? Après tout, ces derniers appliquent la fatwa décrétée contre Charlie Hebdo. Pour cela, pour bien faire, ils se donnent des airs de combattants de la foi, de soldatesque, voire de héros de banlieue abattant un policier à terre comme le fantasmaient certaines chansons de rap. En novembre 2013, le rappeur français Nekfeu avait déjà réclamé "un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo"...  En réalité, tous ces assassins se connaissaient. 
Comme s’il ne fallait pas  faire d’amalgame avec les actes anti-sémites commis au moment des manifestations pro-palestiniennes, alors que Coulibaly prétendait tuer au nom aussi des enfants de Palestine. Défilons-nous vraiment tous ce dimanche pour condamner ces actes antisémites ? 

Dans la foule, deux filles s'échauffent lorsqu'elles apprennent que Hollande et Nétanyahou se rendront à la Grande Synagogue, après la Marche. Elles proclament à voix haute qu'elles ne sont pas venues pour ça. Opposer l'Islam à l'Islamisme, à la rigueur, ok. Elles ne cautionnent pas les massacres. Mais faire la promotions des Juifs, non. Un de leurs camarade leur dit de la fermer. Elles quittent la marche.  Bien sûr. Ce n'est qu'un incident.

Yohan Cohen (22 ans), Yoav Hattab (21 ans), Philippe Braham et François-Michel Saada sont tombés sous les balles d'Amedy Coulibaly.



Défilons-nous juste pour partager une émotion, perçue tout à la fois comme un moyen et une fin en soi ? Pour prendre un selfie, nous mettre en scène de manière narcissique, attester au regard des autres que mon "je" à moi-même était bien là, vraiment. Et faire de l'auto-portrait un souvenir personnel et une preuve d'existence ? 

Défilons nous pour montrer notre unité et notre unanimité ? Pour une France rassemblée et non assemblée ? Une France de cœur et qui fait corps. Une France qui transcenderait tous les communautarismes pour affirmer sa communauté d'esprit. 
Défilons-nous pour montrer que nous n'avons pas peur ou défilons-nous contre le terrorisme ? Mais là encore, dans le contexte de ces marches qui évoquent l’idéal de la Résistance de la Deuxième Guerre Mondiale, il serait bon d’employer d’autres mots. En effet, c’étaient les Nazis qui qualifiaient les Résistants de terroristes, précisément parce qu’ils commettaient des attentats. Or il est important d’abattre les idoles, de briser les images selon lesquelles ces terroristes seraient des résistants, des combattants. Tous ceux qui ont succombé au djihad l’ont cru. Tous ceux qui partent en Syrie, au Yémen en sont persuadés. Il s’agit en fait d’assassins qui ont eu pour la plupart un parcours criminel et qui utilisent l’Islam comme fuite en avant et instrument de rédemption. 

Plutôt que lutter "contre le terrorisme", terminologie ambiguë depuis les années Bush dans la mesure ce combat autorise tous les interdits, tous les contrôles, toutes les restrictions et permet même de condamner la liberté d'expression de tous ceux qui ne sont pas dans l'ordre officiel, au risque de faire leur jeu, de les victimiser, de reconnaître qu'il y a toujours deux poids deux mesures... ne faudrait-il pas mieux ne pas succomber à la terreur comme semble vouloir le proclamer les Français qui marchent ce dimanche ? La République de l'après 11 janvier ne doit pas être celle de Robespierre. 

Nombreux sont ceux à brandir des crayons pour rendre hommage aux dessinateurs.  Certains en ont de très très grands - qui n'écrivent pas d'ailleurs - comme s'ils avaient un problème de taille... Mais c’est un geste. Qui fait sens. Même s'il me paraît somme toute restrictif. 

Bien sûr Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski étaient des dessinateurs de génie. Bien sûr, ils étaient des caricaturistes de talent. Mais ils étaient aussi bien plus que cela. Leurs dessins étaient un moyen pour faire passer des idées, pour créer des états de conscience. 

Contrairement à ce que les médias évoquent dans leurs nécrologie, Cabu n’était pas un anarchiste. Il était un républicain de tête et de cœur. L’humour, la moquerie, la provocation étaient autant d’instruments pour rappeler les valeurs de la République, ses droits, ses devoirs et ses ambitions. Et effectivement, après ce massacre, il n'est pas besoin de faire de nouvelles lois, de réinventer le monde, de trouver de nouveaux concepts, de fabriquer un remake tendance d'idéologie. Pour Cabu, il suffit d'appliquer les lois de la République et l'esprit républicain.Car  la République - celle des origines - contenait toutes les solutions à nos problèmes - pour peu qu'on en appliquât l'esprit à la lettre, c'est-à-dire aussi au coup de crayon et au dessin.

Tous se réclamaient de l’esprit des Lumières. Tous incarnaient la pensée libertaire par opposition à la doctrine du néo-libéralisme. Et c’est bien parce qu'ils étaient des honnêtes hommes (de mauvaises foi certes) parce qu’ils représentaient cet esprit des Lumières que les tueurs obscurantistes les ont massacrés. 

Alors sommes-nous Charlie nous qui arborons des pancartes “je suis Charlie” ?   Les vrais Charlie n’étaient pas narcissiques, n’éprouvaient pas le besoin de se sentir exister en tant que “je”, en likant sur les réseaux sociaux... 

Décliner le slogan en “Je suis Charlie musulman, juif, policier...” est-il Charlie, alors que le fondement de la République a toujours été de supprimer les ordres,   les corporations, les communautarismes, la distinction entre vouvoiement et tutoiement  - ce, au nom du principe de liberté, d’égalité et de fraternité. Telle avait été en tout cas la volonté des Républicains de 1789. 

Sont-ils Charlie ceux qui ont dit qu’ils étaient pour la liberté d’expression bien sûr... mais jusqu’à un certain point ?

Sont-ils Charlie ceux qui ont compris les fatwa contre les Versets sataniques de Salman Rushdie, contre Joseph Fadelle parce que c'est irakien musulman s'était converti au catholicisme, contre Kamel Daoud accusé d'hérésie par les salafistes algériens, contre les dessinateurs et les éditeurs danois qui avaient publiés les caricatures de Mahomet ? 

Sont-ils Charlie ceux qui ont censuré ou qui se sont auto-censurés en vertu du politiquement correct ou par peur ou par lâcheté ? 

Sont-ils Charlie ceux dont l'opinion dépend de l'opinion publique, et qui pensent le futur du qu'en-dira-t-on toujours à l’aune du présent ?  

Sont-ils Charlie ceux qui ont défilé contre la loi du mariage pour tous, en accusant les autorités d'atteinte à leur liberté d'expression lorsqu'ils n'ont pas eu gain de cause ? 

Sont-ils Charlie ceux qui ont détruit l’œuvre aux allures de plug anal de Paul McCarthy parce qu'ils étaient choqués ? Ou ceux qui ont trouvé cette destruction excessive même s'ils trouvaient l’œuvre en question "pas franchement esthétique" (mais une œuvre doit-être elle belle pour faire sens ?) ou déplacée (autrement dit ceux qui voulaient la déplacer).

Sont-ils Charlie ceux qui ont interdit la diffusion d'Exodus, le film de Ridley Scott  ou refusé de le voir, sous prétexte que c'étaient toujours Moïse et les Juifs qui gagnaient dans l'histoire... ou parce que leur religion (sous-entendu: La religion) interdisait de représenter leurs prophètes comme si Moïse n'avait jamais été juif avant d'être musulman... ? 

Sont-ils Charlie les révisionnistes et les bien-pensants (ce qui pensent bien, dans l'ordre et aux regard de leurs critères s'entend).

Sont-ils Charlie ceux qui refusent de ce qu'on puisse rire de tout et de tous ? 

Sont-ils Charlie ceux qui refusent le droit à l'analyse ? Qui refusent de penser, de prendre le temps de penser ? par paresse, par commodités ? (Bien sûr un bon dessin vaut tous les longs discours, mais un bon dessin est celui qui donne à réfléchir longtemps et qui oblige à raisonner, surtout s'il est drôle...). 


Sont-ils Charlie ceux qui déterminent toujours le pour au regard du contre, et inversement, mais qui refusent d'analyser les processus qui transcendent les causes et les conséquences dans la mesure où ils les problématisent. Ceux qui ne peuvent analyser ni prendre en compte la diversité et l'opposition des points de vues. Ceux qui ne réfléchissent qu'au regard de leur propre point de vue. Autrement dit, ceux préconisent la fin de la dissertation au lycée, sous prétexte qu'ils sont eux-mêmes incapables d'en faire. Ceux qui préfèrent renoncer à l'effort de la réflexion et à la mise en perspective de la pensée ? Ceux qui refusent les paradoxes et la complexité sous prétexte qu'ils ne les comprennent pas d'emblée ? 

Sont-ils Charlie ceux qui sont persuadés qu'il suffit de changer de couleur ou de coupe de cheveux pour avoir une nouvelle idée ou se refaire une bonne conscience ? Qui confondent l'apparence et la reconnaissance ? Le look et l'être ? 

Sont-ils Charlie les donneurs de leçons qui refusent d'en prendre ? Ceux qui ne se prennent pas pour de la merde mais qui aiment bien prendre les autres pour des cons en refusant toute réciprocité. 

Sont-ils Charlie, les sectaires et les réfractaires, ceux qui veulent toujours limiter les phénomènes à des minorités pour ne pas avoir à les penser dans la majorité ? Et inversement.

Sont-ils Charlie ceux qui affirment que le racisme est l'apanage d'une race en particulier ? et toujours le fait de l'Autre.

Sont-ils Charlie ceux qui affirment que les religions doivent être enseignées uniquement par des croyants ou des religieux ? 

Sont-ils Charlie ceux qui ont compris ou applaudi lorsque les spectacles de Dieudonné  ont été censurés, lorsqu’on a interdit d’antenne Eric Zemmour et Stéphanne Guillon ? et Coluche en son temps. Or, à une époque où il faut toujours faire court, quitte à couper la parole ou parce qu’on est très rapidement à court d’arguments, où il faut toujours aller au plus pressé quitte à tout réduire à un bon mot ou un slogan, où la démonstration et le raisonnement ennuient,  où on a peur de perdre l’audience et de donner trop d’audience, l’interdit est un moyen efficace de refuser de débattre. C’est aussi un abandon de la raison. 

Place de la Nation, le cortège se disperse rapidement. Chacun rentre aussitôt chez soi. Je me retourne. Seul Charlie était Charlie, et bien sûr, quelques autres. J’espère bien plus nombreux après de dimanche 11 janvier.

De retour, j'apprends que le groupe islamiste Boko Haram a commis un nouvel attentat au Cameroun e't au Nigéria dans lequel ont péri au moins 2000 civils. Seize localités ont été rasées. Une fillette de dix ans s'est faite explosée samedi sur un marché. Concentrés sur les Marches du 10 et 11 janviers, rares sont les médias à avoir relayé et développé l'information. Et personne n'a évoqué ce nouveau massacre au cours de la manifestation. Personne sans doute ne marchera non plus pour les victimes camerounaises. Et Nul hommage.  Liberté d'expression. 

Le dimanche soir, j'apprends que le siège du Hamburger Morgenpost, un journal de Hambourg qui avait publié des dessins de Charlie Hebdo, a été la cible d'une attaque au cocktail molotov. Liberté d'expression aussi. 



Etat de la liberté d'expression dans le monde.





                           Sylvain Desmille ©










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