dimanche 15 septembre 2013

FILMS / CONTRE-CULTURE: TECHNO STORY (EPISODE 2), UNE SERIE DOCUMENTAIRE DE SYLVAIN DESMILLE & PASCAL SIGNOLET DESORMAIS VISIBLE SUR LE NET.













Au début du mouvement techno, j'ai vraiment pensé qu'il était possible de fonder une nouvelle contre-culture en révolutionnant notre rapport au monde (voir article techno story, épisode 1)

Après la Chute du Mur de Berlin et la désagrégation des idéologies de lutte, le discours de contestation ne semblait plus avoir raison d'être. Dès lors, et pour une fois, la contre-culture n'avait pas à se définir  contre un système ou une génération. C'est peut-être la raison pour laquelle le mouvement techno a subi autant la hargne et l'incompréhension des Rockers et autres Rappers (termes génériques qui rassemblent tous les tenants et les aboutissants d'une contre-culture fondée sur la contestation et la négation). Ayant fait le deuil de toutes les attitudes racistes, fascistes et intolérantes de l'ancien ordre et de l'ancien monde, le mouvement techno ne cherchait pas à clamer ni à revendiquer sa différence au regard de l'autre. Il préférait intégrer toutes les générations dans le même espace de la rave. Après le grand écroulement des Murs de Jéricho de la fin des années 1980, il était important de se ré-approprier le monde, au sens propre et figuré. C'est pourquoi les friches et les usines désaffectées en Europe suite aux délocalisations furent réinvesties à l'occasion d'une rave. Celle-ci était perçue comme un lieu mouvant, nomade, temporaire et temporel, utopique à l'instar des belles idées hippies, fondamentalement marginal dans la mesure où il ne se définissait plus au regard d'un centre du pouvoir affirmé mais en lui-même, au regard de chaque participant à la rave.  le DJ ayant fonction tout à la fois de chaman dionysiaque et de totem puisqu'il fallait bien que ce nouveau monde renoue avec les racines archaïques.  Cette volonté d'intégration et de ressourcement s'exprimait également dans sa manière de concevoir la musique, par le sample (considéré comme une captation du monde), le remix et la mise en exergue de boucles séquentielles dont chacune serait au regard des autres la mise en abîme et un approfondissement. Chaque morceau et chaque set du DJ se devaient de proposer un voyage intérieur en suscitant la transe.


Ayant participé de plein pied au mouvement techno, j'ai tenté de l'analyser dans plusieurs contributions, que ce soit dans la revue Digraphe, publiée alors au Mercure de France (Lien article Digraphe) ou encore dans des articles pour l'Encyclopédie Larousse ou le Monde diplomatique (Lien article du Monde diplomatique)

J'ai également écrit et co-réalisé avec Pascal Signolet Techno story, une série de cinq films documentaires de 26 minutes chacun, diffusés par la Chaîne histoire puis par les Instituts français à l'étranger, dont voici le lien de chaque épisode diffusé in extenso sur le net.



Liens pour visionner les cinq films de la série Techno story  sur le net:































En définitive, le mouvement techno a soit trop bien réussi son pari soit totalement échoué. D'un côté, formellement, il a proliféré et s'est (dés)intégré dans toutes les courants musicaux via son substrat électro. De l'autre, en se radicalisant, les ravers de la deuxième ou troisième génération (il est vrai pourchassés puis mis sous tutelle par les autorités, à leur corps défendant) ont développé un posture contre-culturelle d'opposition et de rébellion classique qui contredit les velléités originelles du mouvement. Le refus paranoïaque de ce dernier de forger une culture d'ensemble (un style littéraire, cinématographique), en se limitant à sa dimension purement musicale et festive, le rejet de toute intellectualisme et intellectuation de peur que le mouvement ne soit récupéré en échappant au contrôle des DJ's ont contribué à faire s'effondrer sur lui-même le soufflet de ce qui aurait pu être la première révolution culturelle du nouveau millénaire.

Sylvain Desmille. ©











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