mercredi 4 septembre 2013

CONTRE-CULTURE. BLASPHÉMER EST LÉGAL ! Un article de Sylvain Desmille ©




Istanbul, Place Taksin. Photographie de Sylvain Desmille ©





Cet article a été publié pour la première fois par la revue digitale smd-mag. En voici une seconde version actualisée et développée. 
Sylvain Desmille.




L’incendie criminel contre Charlie Hebdo, la censure, la condamnation par les tribunaux voire la destruction d’oeuvres jugées hérétiques même dans des Etats laïcs ne sont qu’un énième avatar des croisades menés par les intégristes religieux de tous bords contre le droit de blasphème, symbole depuis les Lumières et la Révolution française des luttes contre l'obscurantisme et des droits de l’homme et des citoyens. Ce n’est pas un hasard si les principales victimes en sont les artistes et les diffuseurs d’oeuvres d’art - sentinelles et veilleurs placés aujourd’hui aux avant-postes plutôt qu’en avant-gardes de la liberté d’expression. Sommes-nous confronter à une nouvelle volonté d’établir une censure concertée, compréhensive, mondialisée - véritable régression légale, morale et mentale y compris en Occident ? 


Dans la Tunisie nouvellement libérée, ce 7 octobre 2011, la diffusion du film d’animation Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, provoque la colère des islamistes salafistes. Une semaine plus tard..., une fatwa est émise et des manifestations très bien organisées soulèvent les rues de Tunis. Chauffée à blanc par des Imams, la foule réclame justice, c’est-à-dire vengeance à l’encontre de Nabil Karoui, directeur de la chaîne de télévision privée Nessma, jugé coupable d’avoir autorisé la diffusion du film. Un groupuscule saccage et incendie sa maison. La famille a juste le temps de s’enfuir par derrière, sauf une domestique lynchée par les furieux. Quelques heures plus tard, le directeur de Nessma est convoqué par un juge et sommé de s’excuser pour avoir porté “atteinte au sacré” en ayant autorisé la diffusion d’une séquence jugée blasphématoire parce qu’elle représentait le dieu des Musulmans sous l’aspect d’un vieillard à barbe blanche. En fait, si Mahomet, s’inspirant une nouvelle fois des dogmes juifs, interdit en théorie toute représentation de la divinité, c’est la nature même de la figure présentée par Marjane Satrapi qui est contestée. Son Allah ressemble en effet trop à celui des Chrétiens, tel que le peint Michel-Ange sur les murs de la Chapelle Sixtine ou encore Nicolas Poussin dans le Printemps. Pire ! ce sont ses faux airs de Père Noël, symbole du consumérisme américain, qui choquent le petit peuple des grands croyants tunisiens. Mais peut-être est-ce précisément ainsi qu’une enfant de Téhéran se figurait par assonance ce Dieu invisible auquel elle voulait s’adresser ?  

En fait, lors de la sortie du film, en 2007, personne ne s’est ému de cette séquence considérée aujourd’hui comme sacrilège. Le long-métrage reçut même le prix du jury au  Festival de Cannes avant d’être sacré meilleur premier film lors de la cérémonie des Césars en 2008. Il fut même nommé aux Oscars. De plus, si la République islamique d’Iran a émis des réserves sur le tableau que le film brosse de la révolution islamique, elle n’en a jamais interdit la diffusion. Et d’ailleurs, la fatwa du 14 octobre 2011 ne vise pas le film lui-même ni leurs auteurs comme cela avait été le cas en 1989 pour le roman de Salman Rushdie, Les Versets sataniques, mais bien plutôt le directeur et sa chaîne de télévision réputée laïque. 
  

Le blasphème, 
prétexte de la nouvelle terreur médiatique. 



Le caractère blasphématoire des oeuvres d’art participe toujours d’une logique médiatique. Pour les créateurs, il importe de faire parler pour mieux se faire connaître, parfois en espérant que la polémique masque la pauvreté de l’oeuvre comme du discours. Organisé avec le concours du Musée d’art contemporain de Montréal, le débat de la Vie des arts consacré en 1993 à la censure, après les affaires Mapplethorpe (pour motif pornographique) et Serrano (pour motif anti-religieux après  son Piss Christ, déjà) montrait que la pire des sanctions pour un artiste était l’indifférence. L'indignation dont témoignent les accusations de blasphème comme les controverses ont toujours été des signes que l’art en heurtant les conscience fait bouger les esprits. 



La photographie
 Piss Christ d'Andres Serrano, 1987.

Pour les détracteurs aussi accuser une oeuvre d’être blasphématoire est un bon moyen de faire parler d’eux. Tel fut le cas de l’association Civitas qui, en avril 2011, à Avignon, a mené croisade contre l’oeuvre de l’artiste américain Andres Serrano, intitulée Piss Christ, et ce après quatre mois d’exposition sans incident...

Aujourd’hui, les intégristes religieux optent pour une autre stratégie. Ainsi, plutôt que de lutter contre une idée, ils cherchent à influencer et en contrôler la diffusion, en provoquant la destruction ou la faillite des organes de communication.  Car la question n’est plus celle de la forme ni du fonds, jugés pour ce qu’ils sont: un prétexte. Dans un monde où prime la communication mondiale, la meilleure façon d’éradiquer un ennemi consiste à le priver de diffusion. Déjà, en 2007, en Russie, les directeurs du Musée Sakharov (sic) et de la galerie d’Etat Tretiakov sont traînés par l’archiprêtre orthodoxe Vsevolod Chapline devant le tribunal de Moscou pour avoir organisé une exposition “d’art interdit”, jugé dégradant pour l’Eglise, et ce, alors que le délit de blasphème n’existe pas en Russie ! 

L’incendie du siège de Charlie Hebdo dont le numéro du 2 novembre 2011 s’attaquait à la charia apparaît comme un acte de guerre médiatique en bonne et due forme. Le but visé est la destruction du QG et par là-même du support, un peu comme si au XVIIIe siècle les autorités de censures au lieu de poursuivre Voltaire s’étaient attachées à emprisonner ou à tuer son éditeur et les libraires qui en vendaient les livres. Quelques mois après, c’est au tour de la page Facebook de Charlie Hebdo de subir une attaque massive de spams islamistes, haineux, antisémites, insultants et surtout menaçant à l’encontre de l’hébergeur du site et aujourd’hui du Journal Libération qui a décidé de soutenir son confrère. 

Cet attentat par les flammes n’est pas un cas isolé. Ainsi, avant de s’en prendre au domicile du directeur de la chaîne Nessma, les Salafistes tunisiens avaient tenté de mettre le feu au siège de la télévision, pour le transformer en un gigantesque autodafé. En 1988 déjà,un groupe d’intégristes catholiques avaient incendié le cinéma Saint-Michel pour protester contre la projection de La dernière tentation du Christ, le film de Martin Scorsese. En 2011, après Toulouse, à Paris, des catholiques traditionalistes de l’association Civitas n’ont de cesse de perturber à défaut de pourvoir interdire les représentations de la pièce Sur le concept du visage de Dieu., obligeant  le directeur du Théâtre de la Ville de “s’expliquer” sur la tenue de l’oeuvre de  Romeo Castellucci.

Ainsi, au feu attractif du phare d’Alexandrie succède celui répulsif des bûchers de Jacques de Molay et de Marguerite des Prés  l’hérétique, ceux ordonnés à Florence par Savonarole et celui de François-Jean Lefebvre de la Barre condamné pour blasphème à être brûlé avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique cloué sur la poitrine... 

Ces dernières années, la stratégie des intégristes religieux s’attache à attaquer moins le sujet de l’oeuvre jugée, quoi qu’il en soit, blasphématoire qu’à condamner les médias qui donnent à voir une représentation non conforme de l’image qu’un vrai croyant se doit d’avoir de son dieu. C’est pourquoi les appels à la censure vise en particulier les secteurs de la publicité, de la presse et de l’art. Dès 1999, les campagnes publicitaires d’Olivier Toscani pour l’entreprise italienne Benetton avaient créé le buzz en provoquant la polémique. Si la campagne représentant des bras tatoués HIV positif ne fut pas interdite malgré ses ambiguïtés, en revanche, celle baptisée Kissing Nun fut censurée en France et en Italie, mais primée au Royaume-Uni... Signe des temps, lorsqu’en 2011 Benetton réitère la provocation avec sa campagne intitulée Unhate qui montre le Pape Benoit XVI embrasser sur la bouche Ahmed Al-Tayeb, l’imam sunnite de l’Université Al-Azhar du Caire, face au concert des protestations vaticanes, c’est la marque décide de retirer l’image  contestée de sa propre initiative

En effet, la question posée par la censure pour motif de blasphème devient un enjeu autant spirituel qu’économique. En attaquant le médium qui montre les oeuvres sacrilèges, les instances religieuses cherchent sinon à les mettre en faillite du moins à limiter leurs bénéfices. Ainsi, lors de l’affaire dite des caricatures de Mahomet, c’est l’ensemble du peuple danois et des entreprises nationales qui furent pris pour cible sous prétexte que le gouvernement n’avait pas interdit le journal. Dans un monde où il est important de séduire le plus grand nombre, toute image perçue comme négative même par un groupe minoritaire risque de détourner les annonceurs des publications et les clients des magasins. Car aux yeux des entreprises, les croyants sont aussi des consommateurs. Le magazine Charlie Hebdo double certes ses ventes lorsqu’il publie des caricatures de Mahomet, mais il ne pourra survivre économiquement si ses locaux sont incendiés plusieurs fois de suite. Question de survie. C’est ainsi parce que les troubles à l’ordre public menaçaient la bonne tenue  donc l’équilibre économique du festival d’art contemporain de Toulouse Printemps en Septembre, qu’en octobre 2012 l’oeuvre d’art Technologia de Mounir Fatmi fut tout bonnement retirée “d’un commun accord avec l’artiste et en signe d’apaisement”. Enième remake des rotoreliefs de Marcel Duchamp, cette installation projetait des versets calligraphiés du Coran sur le sol du Pont-Neuf reliant le quartier Esquirole à celui de Saint-Cyprien. Elle fut perçue comme une provocation  par et envers les Musulmans qui ne pouvaient concevoir qu’on pût marcher publiquement et impunément sur les écrits de Mahomet. Paul Ardenne, directeur du Festival et l’artiste Mounir Fatmi, officiellement soucieux de ménager les susceptibilités des uns et des autres, n’ont-t-ils pas plutôt préféré désamorcer la bombe médiatique qui risquait d’exploser en tirant la leçon de ce qui s’était passé quelques mois plus tôt en Tunisie ? 




En juin 2013, une trentaine d’artistes tunisiens ont manifesté devant le ministère de la Culture contre un gouvernement qui les a estimés responsables et coupables des violences perpétrées pourtant à leur encontre par les extrémistes islamistes. Reçus par le Ministre de la Culture Medhi Mabrouk, celui-ci leur a fait par de son intention de porter plainte non pas contre les artistes mais contre les organisateurs de l’exposition Le Printemps des Arts pour avoir montrer des oeuvres portant “atteinte au sacré”. Le tableau de Mohamed Ben Slama représentant une femme à demi nue avec des hommes barbus en arrière plan provoqua la colère des Salafistes. S’en suivirent une série d’émeutes dans plusieurs villes de Tunisie. Loin de soutenir la liberté d’expression ou soucieux de maintenir un semblant de paix publique, le gouvernement dénonça les provocations artistiques. Il n’avait pas plus réagit après l’agression du cinéaste Nouri Bouzid en avril 2011, ni contre le saccage par les Islamistes du cinéma Africart en juin à Tunis au prétexte qu’il accueillait une manifestation organisée par des intellectuels pour dénoncer les atteintes porter à la liberté d’expression dans le pays. Quelque mois plus tard, en octobre 201, le juge convoque non seulement le directeur de Nessma mais aussi les techniciens qui ont permis la diffusion de Persépolis, considérés comme co-responsables d’avoir porté atteinte au sacré !

Les affaires de blasphèmes ne concernent pas que la Tunisie, symbole des “révolutions arabes”. En janvier 2013, la revue du Collège des Beaux Arts de Lahore au Pakistan est interdite de publication et sommée de retirer de la vente toutes les revues où figurent les peintures de l’artiste Muhammad Ali représentant des imams gays. Déjà en février 2008, l’iranienne Sooreh Hera avait vu ses photographies montrant des couples gays affublés de masques de Mahomet censurées par le Gemeentemuseum situé au Pays-Bas, à La Haye, pourtant siège de la Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale !


Photographie de Sooreh Hera ©





En Avril 2013, le célèbre pianiste et compositeur turc Fazil Say est condamné à dix mois de prison avec sursis par le tribunal d’Istanbul pour avoir repris sur twitter des vers du poète persan du XIe siècle Omar Khayyam connu pour son épicurisme. Même si la peine fut par la suite annulée, il s’agit d’un avertissement avant la mise en scène de son opéra Sivas prévu en 2014 et commémorant le drame où trente-sept intellectuels moururent dans leur hôtels incendiés par des intégristes le 2 juillet 1993. Il s’agit en effet d’une pratique classique des autorités turques. Ainsi, déjà condamné une première fois à une peine avec sursis, l’écrivain turc d’origine arménienne Sevan Nisanyan doit faire appel de sa peine en mai 2013 à plus d’un an de prison ferme pou ravoir “insulté les valeurs religieuses d’une partie de la population” turque sur son blog: “Se moquer d'un dirigeant arabe qui, des centaines d'années plus tôt, a prétendu être entré en contact avec dieu et en a tiré des profits politiques, économiques et sexuels n'est pas une incitation à la haine, c'est un test basique de ce qu'on appelle la liberté d'expression", avait écrit l'accusé.

En réalité, ces émeutes démontrent que si au début la question du blasphème concernait les représentations d’Allah et de son prophète ou encore le Coran, à force de donner “raison” aux intégristes, de plus en plus confiants et affirmés dans leur bon droit, se percevant eux-mêmes comme des justiciers et non plus comme des victimes justiciables, ces derniers en profitent pour s’attaquer à tous ceux qui voient, pensent, estiment différemment qu’eux-mêmes. Ces nouveaux prophètes développent alors un climat de terreur destinée à changer les constitutions démocratiques pour les soumettre à leur propre conception de l’Islam. En juin 2013, les miliciens du Front Al-Nosra, des rebelles qui luttent contre le régime syrien, capturent un adolescent d’Alep, âgé de quinze ans qui aurait blasphémé, le fouette puis l’exécute pour l’exemple - laissant présager des suites s’ils parviennent au pouvoir. En Grèce, où le délit de blasphème existe toujours, le parti néo-nazi Aube Dorée a porté plainte contre un jeune homme de vingt-sept ans pour avoir publié sur sa page Face Book une caricature du Starets Paisos, un saint très populaire.  Il s’agit d’un avertissement: les extrémistes n’entendent pas que l’on conteste leur ordre. Ce processus rappelle les tactiques de propagande et les actions menées en Allemagne dans les années 1930. D’où la nécessité d’agir au plus tôt, avant que les détracteurs qui dénoncent le blasphème n’en viennent à subvertir pour mieux convertir les fondements des démocraties. 

Les révoltes de la place Taksim à Istambul en juin et juillet 2013 ont montré qu’une partie de la jeunesse entendait défendre les droits acquis depuis la politique laïque ouverte par Mustafa Kemal en Turquie mais remis en cause par le gouvernement islamiste de Tayyip Erdogan. Elles évoquent aussi bien les grandes manifestations de 1968 que celles de la Place Tien An Men en 1989. Elles préfigurent peut-être une troisième vague de démonstrations sur la place Tahrir du Caire, après celles qui ont provoqué la chute d’Hosni Moubarak et de Mohamed Morsi. En Algérie, à Tizi Ouzou le 4 août 2013, cinq cent Algériens ont mangé, bu de la bière et fumer en public en plein ramadan pour dénoncer le climat de terreur exercé à l’encontre de tous ceux qui ne jeûnent pas, restaurer la séparation entre la sphère privée (celle de la religion) et publique et montrer leur détermination face à l’Islamisation du pays comme en témoigne la condamnation, en 2011, de Siagh Krimo à cinq ans de prison par la Cour pénale du district de Djamel à Oran. Le fait seul qu’il ait  cherché à partager avec un voisin sa foi chrétienne, donc contraire à l’Islam fut jugé blasphématoire... 



Visages des victimes accusées de blasphème 
(partie 1):




Asia Bibi


Abdel-Nour





















Siagh-Krim

Hamza Kashgar
























Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Le délit de blasphème ne vise pas en effet uniquement les laïcs ou les athées. Il est aussi un instrument destiné à raviver les guerres religieuses. Tout monothéisme est un totalitarisme dans la mesure où son dieu est unique et règne sur la totalité de la création. L’existence même d’une autre religion constitue en soi un blasphème. Au Pakistan, la jeune chrétienne Asia Bibi a été condamnée en 2010 à la peine capitale pour avoir prononcé le nom du prophète Mahomet alors qu’elle n’était pas musulmane... En 2011, c’est au tour de Rimsha Masih, une adolescente d’un quartier pauvre d’Islamabad d’être arrêtée pour avoir brûlé un livre qui aurait contenu  des verset du Coran. Analphabète et déficiente mentale, elle fut accusé à tort par l’Imam parce qu’elle était chrétienne. Convaincu d’avoir lui-même glissé les pages du Coran dans le feu pour faire accuser la petite fille, il fut néanmoins acquitté... Toujours au Pakistan, un jeune Chrétien a été condamné en juillet 2013 pour avoir  écrits des SMS blasphématoires depuis son téléphone portable, et bien qu’il n’en existe aucune trace... En Egypte cette fois, en juin 2013, Abdel-Nour, une enseignante chrétienne copte a été condamnée à verser une amende de quatorze mille dollars soit disant parce que trois élèves de dix ans d’une école de Louxor s’étaient plaints que l’enseignante avait manifesté une sorte de dégoût en parlant de l’Islam en classe... Ce qui constitue en vertu de la nouvelle Constitution égyptienne un délit de blasphème... Furieux de la l’indulgence du verdict, les Islamistes ont protesté devant le Palais de Justice... Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Deux jeunes Chrétiens âgés d’une dizaine d’années ont même été arrêtés pour mépris et blasphème envers l’Islam avant d’être relâchés sous la pression des ONG. 

Tous ces cas ne doivent pas être considérés comme marginaux ni comme des épiphénomènes. D’abord, ils témoignent de toutes les conséquences qu’entraînent la reconnaissance d’un délit de blasphème pour la liberté d’expression. Ensuite, ils sont autant d’indices d’un changement de paradigme à l’échelle planétaire. Le délit de blasphème transcende et dépasse les frontières: en 2012, suite à un mandat d’arrêt émis par Interpol !, la Malaisie a livré à l’Arabie Saoudite le journaliste et blogueur Hamza Kashgari accusé d’apostasie et pouvant à ce titre être condamné à mort.  Ainsi, chaque manifestation médiatique dénonçant un blasphème d’un bout à l’autre de la planète  est un moyen destiné à réaliser une révolution globale du statut de la liberté d’expression. Le nouveau principe visera non à pouvoir tout dire mais à devoir rien dire. 


Faire ou non reconnaître le délit de blasphème.


À première vue, toutes ces entreprises de diabolisation, de dénonciations et surtout de mise en accusation vise à établir un climat de terreur classique. Dans son livre publié en 2012, Joseph Anton, l’écrivain et essayiste Salman Rushdie  raconte sa vie  aux aboies depuis la fatwa lancée par l’Ayatollah Khomeiney après la publication en 1989 des Versets Sataniques. De même, Kurt Westergaard, l’auteur danois des caricatures de Mahomet est toujours contraint de vivre sous protection policière, tout comme Robert Redeker après la parution en 2006 d’une tribune dans Le Figaro et intitulée Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?   

Ces menaces de mort ne sont pas que des effets de langage.  Le 4 novembre 2004, le très polémique réalisateur néerlandais  Théo Van Gogh, déjà condamné pour ses propos antisémites et antichrétiens, est sauvagement assassiné par Mohamed Bouyeri. L’assassin n’avait pas toléré que dans son court-métrage, Submission, Theo Van Gogh montrât le corps nue d’une musulmane sur lequel avaient été écrits des versets du Coran ni que les femmes du film s’adressassent directement à Allah le miséricordieux pour lui reprocher leur soumission....




Avertis des risques qu’ils encourent, tous les acteurs, auteurs, journalistes, rédacteurs en chef, diffuseurs, techniciens, hébergeurs, sont priés d’y regarder désormais à deux fois et à pratiquer une sorte d’auto-censure préventive, très politiquement correcte pour ne pas choquer “les esprits” et forcément de convenance assez lâche pour ne jamais avoir à trancher le noeud gordien des questions de foi. D’aucuns décident parfois de prendre les devant en collaborant avec les intégristes. Ainsi, Facebook a donné le nom et les coordonnées du jeune Egyptien qui avait blasphémé contre l’Islam. Déféré devant le tribunal du Caire en octobre 2011, Ayman Yousser Mansour a été condamné à trois ans de prison pour avoir “intentionnellement insulté, attaqué et tourné en ridicule le noble Coran et la vraie religion islamique”, dixit la sentence. Le même Facebook a décidé de censurer la page de Charlie Hebdo après l’attaque des Hackers turcs sous prétexte que ces derniers y avaient trop proféré d’insultes ! comme si désormais c’était aux victimes soupçonnées de blasphèmes d’être punies pour satisfaire les desiderata des intégristes.



Visages des victimes du délit de blasphème 
(partie 2).




Salman Rushdie



Rimsha Masih



Sevan Nisanyan



Cette tactique d’attaques ciblées, récurrentes à moyenne échéance, et avec des degrés d’intensité très étudiés, s’est avérée plutôt payante. À force de jouer le double jeu du terrorisme et de l’apitoiement, de l’insulte haineuse et de la victimisation, l’opinion publique et par voie de conséquence des politiques se sont montrés moins prompts à défendre la liberté d’expression, considérée comme acquise, qu’à “reconnaître” et “comprendre” l’émoi de ceux qui se sentent "salis et calomniés" jusque dans leur “convictions” religieuses. En Tunisie, les principaux partis politiques ont condamné les violences contre Nabil Karoui et la chaîne de télévision Nessma... tout en rappelant le respect des valeurs de l’Islam... Même discours et même limites en France. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), qui avait demandé en 2006 au Président Jacques Chirac une loi anti-blasphème pour condamner les caricatures de Mahomet, réaffirme, bien sûr, son attachement à la liberté d’expression... mais aussi rappelle dans son communiqué  que “ces publications, loin de servir la paix et la cohésion sociale, cherchent à s’en prendre à un symbole de la foi de près d’un milliard et demi de musulmans dans le monde...” Et on s'étonne, après le succès de l'opuscule de Stéphane Hessel, que les autorités et les médias se montrent si circonspects et peu enclins à s'indigner contre les atteintes portées à la liberté d'expression et de blasphème, préférant même donner la parole (et le champ libre) à ceux qui "s'indignent" contre les sacrilèges et professent des menaces de morts - preuve qu'ils n'ont pas lu ou pas compris le sens du message d'Hessel

Cette justification par le poids du nombre n’est pas anodine. A la liberté d’expression garantie et défendue par la loi française, l’UOIF semble opposer la grande communauté des Croyants dont le nombre global est forcément majoritaire face aux soixante-quatre millions de Français toutes religions confondues. Comme s’il existait deux poids deux mesures au principe universaliste de la liberté d’expression selon que l’on se place du point de vue du droit français ou de l’ensemble des Musulmans. Cette mauvaise foi dont témoigne le communiqué officiel de UOIF fait écho aux désirs de ceux qui veulent faire reconnaître le blasphème comme un délit universel, et même transcendantal, dans la mesure où il porte atteinte à la bonne conscience et à la tranquillité d’esprit de tous les croyants, nationaux et étrangers.  Ainsi, en 2008 et 2009, une minorité de pays membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, comprenant tout de même les pays de la conférence islamiques, mais aussi la Russie, l’Afrique du Sud, la Chine et Cuba !  ont tenté de faire voter une motion de “diffamation des religions” qui amalgamait critique des religions et racisme ! Un peu comme si se moquer de l’Islam équivalait forcément à être anti-arabe puisque Mahomet l’était, et ce sans même tenir compte que le premier pays musulman dans le monde se trouve être l’Indonésie qui est loin d’être arabe ! 

Cette cette tentative de faire reconnaître le délit de diffamation des religions a échoué au niveau international. Toutefois, les Etats religieux ne désarment pas. En 2012, le Quatar a développé un nouveau projet de législation internationale destiné à interdire l’insulte aux religions et qu’il entend faire voter par l’ONU. Parallèlement, au Liban, le patriarche maronite Béchara Raï s’est joint aux des responsables chiites et sunnites pour demander que l’ONU vote une résolution anti-blasphème. Signe d’espoir alors que grandissent les ombres - et il faut bien s’en contenté - le grand mufti d’Egypte Ali Gomaa a déclaré en 2012 dans Le Monde que le Prophète n’aurait sans doute pas réagi aux provocations ni aux caricatures. mais il est vrai qu’il s’adressait à un public occidental et que sa position reste marginale et liée au contexte général. 

La tendance en réalité est plutôt négative pour les défenseurs du blasphèmes et de la liberté d’expression. Même en Europe, force est de constater le retour d’une certaine intolérance légale. En Allemagne, alors que l’ancienne République Démocratique Allemande autorisait le blasphème (sauf contre la sacro-sainte idéologie communiste), après la réunification, l’article 166 du code pénal, le Gotteslästerungsparagraph, punit toujours le blasphème d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement, s’il entraîne un trouble à la Paix civil -  peut-être pour se garantir contre un retour des antiques guerres de religions entre les Protestants du Nord et les Catholiques du Sud. En Espagne, l’article 525 datant de Franco, est encore plus restrictif puisqu’il interdit “les attaques portées au dogme religieux, croyances et cérémonies”. En 2005, dans La libre expression n’est pas une offense, Salman Rushdie s’est opposé au projet du gouvernement britannique visant à définir le crime de haine raciale et religieuse. En Irlande, enfin, le blasphème est redevenu un délit depuis le 1er janvier 2010 pouvant coûter jusqu’à 25 000 euros d’amendes ! et ce alors que la liberté d’expression est garantie par la convention européenne des droits de l’homme... Paradoxe ? Hiatus ? 

Parfois, le blasphème est aussi un moyen de déborder son cadre strictement religieux pour conduire des attaques contre les progrès réalisé par la révolution sexuelle. Les associations qui condamnent le blasphème sont souvent les mêmes qui dénoncent le caractère pornographique de telle ou telle exposition et qui font pression sur les autorités pour qu'elles exercent une censure. Tel fut le cas en 2000 au moment de l'exposition Présumés innocents organisée par le Musée d'art contemporain de Bordeaux. Elle fut jugée pédophile par l'association catholique de protection de l'enfance La mouette, dans la mesure où elle représentait les enfants de manière attentatoire et blasphématoire au principe que l'enfance et les enfants étaient devenus un sujet tabou. Le procès qui s'en suivit dura dix ans et se solde par un non-lieu. Tirant la leçon, en 2010, désireuse d'éviter toute polémique, la Municipalité de Paris interdit au moins de dix-huit ans l'exposition de Larry Clark présentée au Musée d'art moderne de Paris. La censure devient dès lors préventive, à l'instar de l'oeuvre de Mounir Fatmi qui, après ses déboires à Toulouse, dut se retirer de l'exposition présentée en octobre 2012 à l'Institut du Monde arabe. Sleep n'était pourtant qu'un remake de la performance cinématographique d'Andy Warhol réalisée en 1963. Seulement à la place de John Giorno, c'était Salman Rushdie qui tenait le rôle du dormeur... 




Quoi sous le voile: pénis ou vierge ?
 Photographie de Sylvain Desmille ©


En ce sens, les polémiques autour du voile islamique sont intrinsèquement une question sexuelle et religieuse. Et lorsque une autorité prétend enlever le voile des femmes non consentantes pour garantir leur liberté sexuelle et leur droit à l’exercer, les communautés crient au blasphème. La violence des émeutes à Trappes en juillet 2013 après le contrôle d’une convertie portant le voile intégral en infraction avec la loi française, témoigne du caractère ô combien sensible de la question. En fait, peu importe de savoir si les converties à l’Islam se voilent parce qu’elles ont honte de ne pas être une musulmane pure souche: cela relève de la psychanalyse. Plus important est de déterminer dans quel mesure l’exercice d’une liberté de conscience religieuse individuelle devient une forme de prosélytisme,  voire de provocation, dès lors qu’elle s’affiche dans l’espace public en qualité d’icône, au sens religieux du terme, c’est à dire d’image sacrée ? Comment, à l’inverse, peut-on accepter, en vertu de la tolérance religieuse qu’une femme soit accusée d’être un sujet de blasphème, et à ce titre victime de violences verbales et physiques au prétexte qu’elle refuse d’être voilée, ou assume une sexualité  “sexuelle”, à la différence des femmes dont le voile les assigne à leur sexe en les protégeant de la sexualité des hommes (une femme voilée est un objet tabou) et en leur interdisant toute sexualité non conforme à la religion (en principe) ?  Est-ce à dire également qu’une femme voilée qui ne porterait plus le voile serait moins musulmane pour autant ? car moins soumise ou plus libre ? Que sa foi serait moins forte ou différente ? Est-ce à dire alors que dans l’Islam l’apparence définit le statut et l’état d’être ? 

La question du blasphème peut aussi revêtir un aspect non seulement sexuel et religieux mais également politique à partir du moment où le culte de la personnalité interdit toute forme de provocation vis-à-vis des dirigeants politiques en place. Ainsi, après une performance contre Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Saint-Sauveur de Moscou, en mars 2012, le groupe féministe punk des Pussy Riot est arrêté pour avoir profané l'autel et blasphémé en exécutant un "Te deum punk". Trois des membres ont été condamnées à deux ans de détention en camp pour "vandalisme motivé par la haine religieuse" - alors qu'en réalité, il s'agissait de dénoncer l'homophobie du pouvoir russe.


D'ailleurs, en septembre 2013, prétextant appliquer la loi récemment promulguée qui punit "la propagande homosexuelle devant mineur", les autorités russes ont saisi deux toiles. La première, de Konstantin Altounine, montre le Président Vladimir Poutine et le Premier Ministre Dimitri Medvedev travestis en femme et portant nuisette. Le second tableau, intitulé Confrontation entre la Russie et les Etats Unis, de Vera Donskaya-Khilko, représente Vladimir Poutine et Barak Obama nus et avec des sexes turgescents. Le Musée du Pouvoir (un espace alternatif) et le Musée de l'érotisme, tous deux sis à Saint-Pétersbourg, ont été fermés par la police et Konstantin Altounine a demandé l'asile politique à la France. 




Confrontation entre la Russie et les Etats-Unis
, un tableau de Vera Donskaya-Khilko
exposé à Moscou et dont la copie dut saisie par les autorités russes de Saint Pétersbourg en septembre 2013.


Indignez-vous ! Blasphémez !
Contre le délit les intégristes, le défi de l’intégrité. 



L’ambiguité est souvent le fait des latitudes offertes par le droit. En fait, il n’y a qu’aux Etats-unis et en France où le blasphème est reconnu comme une manifestation légale de la liberté de conscience et de la liberté d’expression. Ce n’est pas un hasard. Ces deux pays ont été les premiers à intégrer dans leur code de lois l’esprit des Lumières, contre l’obscurantisme, la superstition et le terrorisme religieux. L’article 1 de la Constitution américaine de 1776 garantit la liberté d’expression sous toutes ses formes et tous ses dires. Et si dans les années 1950, le maccarthysme en a limité un temps la portée, le jugement  Joseph Burstyn contre Wilson a déclaré une fois pour toute  inconstitutionnelle la censure, en refusant d’interdire le film The Miracle de Roberto Rossellini, jugé par ses détracteur “vil, blessant et blasphématoire.” En France, après le dépôt d’une plainte par l’UOIF, la Grande Mosquée de Paris et la Ligue islamique mondiale contre la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, le jugement de relaxe confirme que “dans une société laïque et pluraliste, le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions, quelles qu’elles soient”. 

Il est vrai qu’en France, la liberté de blasphémer est indissolublement reconnue en 1789 par les article 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Elle est réaffirmée par la Loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, qui associe au blasphème les notions d’autonomie de l’individu et de sa liberté de conscience. Elle garantit à ce titre l’inviolabilité de la sphère privée et du for intérieur et protège chaque concitoyen contre l’intrusion transcendantale des religions sauf si celui-là décide de s’y soumettre de son plein gré. Surtout, elle entend privilégier la notion d’éthique, c’est-à-dire de libre acceptation des valeurs et des droits, perçue comme un acte de conscience en soi et une manifestation du libre-arbitre et ce en réfutant le diktat de la morale religieuse, c’est-à-dire la soumission du corps social aux dogmes et autres droits canons. Autrement dit, la loi de 1905 défend l’intégrité contre les intégrismes, et chaque individu contre les velléités totalitaristes des religions qui se définissent et se justifient au nom d’un droit divin unique, forcément supérieur à celui des démocraties, jusqu’à l’émergence d’un droit démocratique et laïque mondial... Le blasphème apparaît dès lors comme l’étalon qui permet de mesurer les degrés de la liberté de conscience et de parole dans nos sociétés. 

À l’inverse, la montée en puissance des attaques contre ce droit est un indice de l'intolérance et de la censure religieuse qui les menace. Comme les Nazis en leur temps, les partisans du délit de censure savent très bien utiliser les ressors de la dialectique pour renverser l’argumentaire à leur avantage: la restriction des libertés revendiquée par telle ou telle religion est et doit rester une manifestation de leur liberté fondamentale !  En critiquer les dispositions, c’est dès lors leur porter atteinte. Ainsi lorsque Monseigneur Lustiger en appelle dans Le Figaro du 31 octobre en 1991 "au respect et à la protection des communautés chrétiennes qui se sentent humiliées ou agressées par les blasphèmes et autres publications provocatrices qui ridiculisent leur foi", nul ne s’étonne qu’il va à l’encontre de la  loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, en cherchant à confondre la notion d’identité religieuse transcendante à l’universalité de la liberté individuelle de conscience du droit français.   

En marquant une césure entre le monde civil et l’univers religieux, les lois révolutionnaires et républicaines visaient également à maintenir la paix sociale. Leur  volonté était d’éviter la concurrence des religions entre elles. Ainsi le délit de blasphème était reconnu, sur le plan judiciaire, chacune pouvait accuser l’autre d’hérésie.  Sur le plan légal et démocratique également, chaque religion n’aurait de cesse de réformer la loi civile à son image, comme c’est le cas avec la charia en  Libye après la chute de la dictature laïque Kadhafi. Dans un état où une religion domine et interdit d’existence toutes les autres comme ce fut le cas sous la Monarchie absolue française et de nos jours en Arabie Saoudite, cette domination de la morale et droit religieux implique la soumission et la privation de la liberté de penser des individus. En revanche, dans un Etat où plusieurs religions qui se reconnaissent chacune seule véritable parce qu’elles sont celles d’un dieu unique, la compétition dogmatique risque de susciter des radicalités et  d’entraîner le retour des guerres de religions. À ce titre, en Egypte et en Indonésie, en Turquie aussi, les menaces et les agressions contre les communautés chrétiennes préfigurent du pire.

Le droit de blasphémer serait-il la meilleure garantie contre ces chocs des cultures et des civilisations que d’aucuns prophétisent ? En tout cas, si les Etats du Printemps arabe le reconnaissaient, cela marquerait une réelle avancée, dans la mesure où la démocratie pourrait s’exercer sans limite. De même, dans les pays occidentaux, ne pas avoir à défendre le droit de blasphémer témoignerait de la bonne santé de nos démocraties. Or c’est de moins en moins le cas. Le fait même que Marine Le Pen, présidente du Front national, alors qu’elle lance une OPA sur la laïcité comme son père l’avait fait sur le patriotisme, refuse d’évoquer la liberté de blasphème dans sa condamnation de l’incendie de Charlie Hebdo est révélateur en soi. Sans doute ne veut-elle pas choquer une partie de ses troupes, fondamentalistes chrétiens, qui défendent le combat de l’association Civitas lors des affaires Piss Christ et Sur le concept du visage de Dieu. Car défendre le blasphème, c’est lutter au nom de la tolérance pour que la liberté de conscience et d’expression puisse toujours être le serment fondateur de notre société. Un combat d’avant garde. 

Sylvain Desmille ©

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