dimanche 15 septembre 2013

FILMS / CONTRE-CULTURE: BEAT GENERATIONS, UNE TRILOGIE DE FILMS DOCUMENTAIRES de Sylvain Desmille, Audrey Bissonier et David Hoover.






Kerouac, Ginsberg, Burroughs: les fondateurs de la Beat generation.






Depuis plusieurs années, en réalisant plusieurs séries de documentaires pour la télévision, je me suis attaché à analyser les recours et les secours de la contre-culture comme fondement du XXe siècle. Mon intention était d'analyser des processus d'émancipation de la pensée (et de la jeunesse), jusqu'à mettre en évidence un certain classicisme dans leur opérations. 

La genèse de la contre-culture se situe au XIXe siècle, avec l'essor du romantisme, premier mouvement adolescent (auparavant, la jeunesse n'était qu'un stade du développement non une entité en soit). Cette révolte littéraire et libertaire, individualiste et communautaire, s'impose très vite et également comme un mode de vie, une façon de penser, de s'appréhender et une manière de voir ou de s'entendre au monde. D'où l'importance des arts, vecteurs et moteurs de la contre-culture. Aujourd'hui encore, ils restent un étalon permettant de mesurer la liberté d'expression et le degré de tolérance "contre-culturelle", car ce sont les artistes qui, en premier lieu, sont accusés de blasphème par les instances religieuses ou les gardiens du politiquement correct de rigueur (Lien vers l'article "blasphémer est légal" de Sylvain Desmille.). Toutefois, dans une société où les pères imposent leur diktat par la force et le respect, le souci et la soumission à un ordre qu'elle reproduit de génération en génération, la volonté de faire émerger une différence donc une autonomie entraîne forcément une contestation et une opposition, une rupture et un clash.

Au XIXe et au début du XXe siècle, la natalité (en crise ou en forte progression) et les guerres ont été des facteurs qui ont accéléré les processus d'émancipation. La (contre)-culture romantique surgit dans le sillage des guerres napoléoniennes, le surréalisme au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Même la micro révolte rimbaldienne se situe au contrefort de la guerre de 1870. Les événements que décrivent Kerouac, Gingsberg, Burroughs dans leurs livres publiés à la fin des années 1950 se situent en réalité pendant et juste après la Deuxième Guerre Mondiale, période où la Beat Generation est laissée à elle-même, et où, priorités guerrières oblige, se desserre le carcan de l'ordre moral.














Dans la série documentaire Beat Generations, j'ai essayé de voir comment chacun des trois fondateurs de la Beat Génération a servi de modèle pour les mouvements contre-culturels de la seconde moitié du XXe siècle. 

Le premier film de 52' analyse le mouvement de la Beat Generation  des années 1940-1950, sur la route, à travers la figure et l'oeuvre de Jack Kérouac, lui-même très marqué par le jazz (le bebop) et sous l'emprise des amphétamine.

Le deuxième film de 52' suit le parcours de Allen Ginsberg, gourou et suiveur de la contre-culture hippie et psychédélique des années 1960, au son du rock, aux cris de libération sexuelle et sous  l'emprise du LSD. 

Quant à William Buggouhs, figure emblématique du dernier documentaire, héroïnomane, paranoïaque et visionnaire, il fut reconnu très vite comme une référence fondamentale par les Punks des années 1970, puis le mouvement techno et surtout celui des ravers au tournant des années 1990.  

Beat Generations, diffusé originellement par France 4 (la trilogie est disponible sur vodeo.tv: lien vod) a été présenté lors du Festival des Francofolies de 2013. Le lien ci-joint en présente un bref extrait.









Les figures de la beat génération ont servi de modèle et de creuset à tous les mouvements de la contre-culture du XX eme siècle, en action comme en réaction. En effet, à force de se définir uniquement en opposition à la culture des aînés (d'abord des pères puis des frérots), la contre-contre-contre-culture a permis aux mouvements les moins progressistes de se refaire une notoriété. Si la Beat generation, les hippies et les partisans de la révolution sexuelle avaient lutté contre l'ordre moral, les punks s'opposèrent à leur grands frères hippies, puis les ravers aux rockers, au point qu'aujourd'hui ce sont les intégristes de tout poils, religieux en général,  qui apparaissent contre-culturels, en contestant l'héritage de mai 1968 ou les avancées qualifiées désormais de sociétales. La liberté de blasphème est de plus en plus remise en cause, au prétexte d'islamophobie ou de discrimination anti-catholique.  Les principes de laïcité, pourtant fondamentaux, garants de la démocratie, sont remis en cause  au nom du respect communautariste par les mouvements jadis considérés comme progressistes, qui s'étaient battus pour la séparation entre l'Eglise et l'Etat afin que les dogmes religieux ne fassent plus la loi dans le code civil et que la loi soit celle de tous sans considération de race ou de religion. Toutes les libertés acquises de haute lutte depuis la Révolution française sont attaquées, par le laisser-faire et le laisser-aller des défenseurs du politiquement correct pour qui l'étendu du monde se réduit à la portée de leur propre ombre et à la bonne distance de leur bras levé. Enfin, le remix techno a engendré une culture du remake et du plagiat. Les rockers sont désormais qualifié de bébés rockers désireux de remettre au goût du jour la musique de grand-papa.  On applaudit les films de Tarantino et la version comique d'OSS 117. On se contente d'adapter en s'adaptant à la tendance. Et quand les "créateurs" dénient les références, c'est pour légitimer leur bonne foi: s'ils ont refait ce que d'autres avait accomplis avant eux, c'est qu'ils n'en avaient pas connaissance. Leur inculture est la preuve de leur génie. Dans ce contexte, on privilégie la paraphrase à l'analyse et la doxa reprend de plus en plus ses droits... Mais dans ce cas, une société évolue-t-elle quand elle cherche plus qu'à reproduire tout en prenant soin d'oublier ses références et de déstructurer son histoire ? A force de tout mettre en abîme, ne risque-t-on pas de finir dans un trou noir ? 









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